Dans les années 1920 en Chine s’est imposée une mythologie, qui oppose d’une part une nouvelle forme de langue écrite, dite baihua, réputée moderne et « parlée », notamment parce qu’elle accompagne le développement d’une langue nationale standard, à d’autre part le chinois classique ou littéraire (wenyan), présenté comme ancien et donc obstacle au progrès de l’histoire. Pourtant, le chinois classique, sous ses différentes formes, fait preuve jusqu’à nos jours d’une grande capacité de résilience, et démontre à quel point cette opposition est en grande partie un fait de discours. Avant cette « victoire » du baihua, le chinois classique a en effet pu être présenté comme vecteur de modernité littéraire et intellectuelle, notamment par la traduction, ou a pu un temps porter un projet de « renaissance » culturelle et morale et ce avant le Mouvement du 4-Mai ; et même après cette date, au-delà encore des années 1950, des auteurs, écrivains, poètes, philosophes, universitaires ou intellectuels, ont pu choisir d’écrire en chinois littéraire (plus ou moins réinventé), indépendamment de leur orientation politique ou idéologique. A ceci s’ajoute évidemment la question complexe des relations intralittéraires que la littérature chinoise en langue dite moderne entretient avec le corpus, les formes et l’esthétique littéraire classique. Mais plus encore, le chinois classique littéraire va même jusqu’à reparaître dans des productions de paralittérature la plus contemporaine — sans parler évidemment de sa présence dans des dialogues à l’écran. Quant à la traduction, si les traducteurs du début du 20e siècle considèrent le chinois classique comme « la » langue écrite de référence, aujourd’hui l’utilisation ou non du classique constitue une question récurrente que les traducteurs se posent surtout quand il s’agit de la traduction d’œuvres anciennes.

Ce programme s’interroge sur les significations des usages et pratiques de l’écriture en chinois classique à l’époque moderne :

  • En quoi a-t-il pu remplir une fonction de modernisation, d’assimilation, éventuellement de contre-modernité, ou de projet « conservateur » ? que dit-il sur les différents rôles ou postures de l’auteur ou intellectuel moderne ? S’agit-il de la perpétuation d’une pratique lettrée ou simplement est-ce naturel pour des auteurs ayant encore été formé dans leur enfance au classique ?
  • Au-delà d’une éventuelle affirmation idéologique, d’un goût, ou par exemple d’un positionnement marginal ou contestataire au sein du polysystème littéraire chinois, le recours au classique n’est-il pas à l’occasion une mesure de prudence requise par l’art d’écrire au sens straussien ?
  • On s’interroge encore sur la fonction d’étrangeté du classique pour un lecteur chinois moderne, en particulier dans le cas de la traduction. Le questionnement porte sur les capacités créatrices et rénovatrices (ou non) du classique à l’âge de la mondialisation occidentalisée, et sur ces questions : qui écrit en classique, comment, pourquoi, et avec quels effets ?

Le projet portera sur les champs interconnectés de la littérature, poétique, philosophie, histoire des idées, histoire de la langue, étude de la traduction. Si on considère ici qu’il existe deux formes d’écriture distinctes, ou tout au moins, dont les régimes tendent à se démarquer, le « moderne » et le « classique », même si très fréquemment leur usage peut aller jusqu’à se confondre, il s’agira d’étudier des textes écrits dans une langue se démarquant sans équivoque possible du « baihua » moderne, mais aussi d’interroger cette limite. La réflexion s’inscrit à la suite de celle ouverte par le précédent programme « Littérature chinoise et contemporaine : pratiques du genre et canon littéraire », mais cette fois-ci dans une perspective inverse.

Productions et actions scientifiques

  • Organisation d’ateliers, y compris en faisant intervenir des collègues travaillant sur le Japon. Le premier de ces ateliers est prévu pour la fin octobre 2021, portant sur la question des expérimentations linguistiques au tournant de la dynastie Qing et de la période républicaine.
  • Colloques : un colloque international conclusif aura lieu en fin de programme. Par ailleurs, dans le colloque international « Guo Moruo et la Société Création : entre Chine et Occident, tradition et modernité » organisé en novembre 2018 par l’UFR LCAO (U Paris), le CRCAO et l’Institut Guo Moruo international (Chine/Japon) plusieurs interventions ont abordé ces thématiques.
  • Éventuelle publication d’actes, et de traductions critiques de textes classiques modernes.

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Inscription disciplinaire

étude de la traduction histoire de la langue histoire des idées littérature philosophie poétique

Participants

Responsables

Victor Vuilleumier 宇乐文 (Université de Paris)
Florence Xiangyun Zhang (Université de Paris)

Membres CRCAO

Membres titulaires
Victor Vuilleumier 宇乐文 (Université de Paris)
Florence Xiangyun Zhang (Université de Paris)
Stéphane Feuillas (Université de Paris)
Rainier Lanselle (École Pratique des Hautes Études)

Doctorants
Anna Maria Cavalletti (Université de Paris)

Participants hors laboratoire

Nicolas Zufferey (Université de Genève)
Yinde Zhang (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)
Georges Bê Duc (Université de Picardie)
Sandrine Marchand (Université d’Artois)
Joachim Boitout (doctorant, EHESS/ENS)