Description

La citation est une pratique centrale dans l’érudition est-asiatique, qu’il s’agisse d’historiographie, de philosophie, de religion, d’exégèse ou de science. Elle est fondamentale dès lors qu’il est question de savoir, d’épistémologie ou d’autorité. À ce titre, elle constitue une base du savoir et un instrument de légitimation : elle permet de prouver ou de défendre une position spécifique et sous-tend une hiérarchie des témoignages — par exemple entre textes anciens, expérience moderne et révélation. Enfin, elle participe à l’établissement de l’autorité de l’érudit parmi ses pairs, dans la mesure où son usage témoigne de la maîtrise d’une langue codifiée, de l’accès qu’elle offre au passé (voire à une réalité conçue comme ultime) et de la capacité de l’érudit à (re)dessiner la trajectoire du savoir humain, qu’elle soit pensée comme progressive ou régressive.

Le projet, qui a vocation à intégrer des analyses sur l’usage de la citation dans des domaines et des aires est-asiatiques diverses, s’ancre dans un premier temps dans le champ des traditions exégétiques (zhu 注, shu 疏, etc.) et encyclopédiques de la Chine impériale.

Le projet s’articule autour de trois grands axes de réflexion :

Le premier concerne l’intégration des savoirs scientifiques (astronomie, astrologie, mathématiques, botanique) dans les commentaires confucéens, taoïstes et bouddhistes. Les questions que soulèvent de tels types de citations sont nombreuses. Une interrogation centrale concerne ce que ces savoirs apportent dans leur contexte de citation : proviennent-ils de la littérature spécialisée contemporaine, de la science dite populaire, de l’expérience personnelle ou de commentaires antérieurs ? Leur positionnement, souvent distinct de la littérature spécialisée de l’époque, conduit à s’interroger sur la manière dont le commentateur articule l’épistémologie et la vision historique de ces connaissances avec celles d’un texte sacré et de sa tradition exégétique. Le passage cité, replacé dans un nouveau cadre, subit alors des transformations sémantiques ou heuristiques qu’il convient d’analyser. Enfin, ces savoirs peuvent relever d’une connaissance d’initiation inscrite dans un cursus général, soulevant à l’échelle individuelle et collective des questions de polymathie, de lignées académiques mixtes et de réseaux sociaux et citationnels.

Le deuxième axe porte sur les modalités spécifiques de citation, de réutilisation et d’intégration modifiée des sources textuelles dans différents genres. Il touche évidemment aux questions de la sinologie traditionnelle que sont les pratiques de citation, la culture de l’auteur, le concept de « plagiat », ainsi que la fixité et l’accessibilité des textes d’autorité. Les apports d’une approche statistique et computationnelle s’avèrent cependant très prometteurs dans ce domaine. Grâce à la prise en compte de corpus étendus et à la fouille de texte, il est possible de détecter les cas de réutilisation textuelle, de proposer une comparaison exhaustive des versions et de produire une analyse de réseaux. Cet axe accueillera donc des projets en humanités numériques qui combinent une approche informatique avec les questions de l’historien traditionnel.

Le troisième axe se concentre sur les sources des citations et sur la place des encyclopédies (leishu 類書 ou leurs équivalents) dans la circulation et la sélection des passages repris et intégrés dans un texte – de nature exégétique ou argumentative en particulier. Cet axe est particulièrement propice à des projets en humanités numériques qui rendent possible le recensement systématique des sources citées et la détection à grande échelle des citations dans les encyclopédies.

Activités collectives

Le programme « Citations » s’articule autour de deux volets complémentaires :

Des noyaux collaboratifs. Des réunions de travail dédiées à des projets resserrés se tiendront selon un calendrier propre. Noyaux actuels :

  • Le projet DIDACT (Digital Investigation of the Duren jing And its Commentarial Traditions), dirigé par Daniel P. Morgan et Johan Rols, analyse les commentaires du Duren jing à l’aide des humanités numériques afin d’étudier la réutilisation textuelle, les réseaux de citations et la généalogie des versions. Il vise à comprendre comment les maîtres taoïstes transmettent et reformulent savoirs et pratiques (astronomie, rituels, alchimie intérieure et salut) à travers une tradition de commentaires et de réinterprétations successives.
  • Le projet Lit-Reasoning / 文學構思, issu de la collaboration entre Chiang Tao-Yi et Marie Bizais-Lillig, explore la manière dont les citations structurent l’argumentation dans le fu réglé (lüfu) des Tang. L’objectif est de montrer que, si la citation a un impact formel indéniable sur le fu (sur son rythme en particulier), l’artifice savant produit une profondeur sémantique et oriente le discours. Cette étude est rendue possible par les méthodes des humanités numériques qui permettent le recensement systématique des sources, leur classement, l’analyse de leur contexte d’utilisation.

Des activités publiques. Un « séminaire méthodologique interne », organisé quatre à cinq fois par an, permettra aux membres du programme de présenter et discuter les choix méthodologiques et les outils (notamment informatiques) d’un projet spécifique, ou de partager des interrogations épistémologiques.

Le programme s’enrichira de plusieurs interventions de conférenciers extérieurs. Les chercheurs de passage à Paris, en France ou en Europe, seront privilégiés.

Enfin, un atelier international en petit comité sur un sujet précis se tiendra chaque année à Paris. Il réunira des chercheurs du CRCAO et des partenaires internationaux.

Certains ateliers internationaux donneront lieu à une publication groupée dans une revue spécialisée.

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Participants

Responsables

Daniel Patrick Morgan (CNRS)
Johan Rols (CNRS)

Membres CRCAO

Membres titulaires
Daniel Patrick Morgan (CNRS)
Matthias Hayek (École Pratique des Hautes Études)
Sylvie Hureau (École Pratique des Hautes Études)
Alexis Lycas (École Pratique des Hautes Études)

Membres associés
Johan Rols (CNRS)
Pablo Blitstein (École des hautes études en sciences sociales)
Béatrice L’Haridon (Université de Genève)
Valérie Lavoix (Inalco)

Appui à la recherche
Garance Chao Zhang (École Pratique des Hautes Études)

Post-doctorants
Liang Zhong (Université Paris Cité)

Doctorants
Alexis Chen (ENS Lyon)
Judicaël Périgois (École Pratique des Hautes Études)
Marina Pandolfino (École Pratique des Hautes Études)
Jinyu Shen (École des hautes études en sciences sociales)

Participants hors laboratoire

Friederike Assandri (chercheuse, U. Leipzig)
Tao-Yi Chiang (doctorant, Taiwan National Central University)
Thomas Crone (postdoctorant, FAU Erlangen-Nürnberg)
Xiaoming Hou (postdoctorante, Ghent university)
Hana Liu (doctorante, Stanford)
Marco Pouget (doctorant)
Qin Yang (University of Nottingham)
Tianjie Yin (doctorant, EPHE/GSRL)
Marie Bizais-Lillig (Université de Strasbourg)