Dans le prolongement des travaux dédiés au chien dans la Chine ancienne, conduits au CRCAO depuis 2014, ce programme a pour ambition de procéder à un état des lieux de la condition animale en Asie orientale, de la période ancienne à nos jours. Il se développe autour de problématiques et thématiques, ici élargies à l’ensemble des espèces animales domestiques et sauvages de toute l’Asie orientale, dont nos travaux sur le chien ont permis de dégager l’importance. À moindre égard, les animaux imaginaires et fabuleux sont eux aussi pris en compte, en ce qu’ils peuvent témoigner de réalités zoologiques, même si celles-ci sont déformées, exagérées ou transposées dans un contexte irréel. Le programme se propose d’écrire, une ou même plusieurs, histoires parallèles des animaux eux-mêmes, espèce par espèce, sans pour autant omettre de nous intéresser de prime abord à leurs interactions avec l’espèce humaine, particulièrement dans le cas des espèces domestiques. Le périmètre géographique de cette vaste étude est la Chine et ses pays voisins : la Corée, le Japon et le Viêt-Nam. Nous y ajoutons d’autres aires culturelles proches, comme la Mongolie, le Tibet, l’Asie du Nord-Est et l’Asie centrale.

La zoohistoire ainsi considérée s’appuie sur un ensemble varié et considérable de matériaux, collectés, conservés ou réalisés par l’homme depuis plusieurs millénaires. En accord avec les développements récents de l’étude des animaux ou Animal Studies, nous considérons en effet que l’étude scientifique des animaux se conduit désormais au croisement d’une pluralité de disciplines, qu’elles soient issues des sciences dites « naturelles » ou des sciences dites « humaines et sociales », y compris jusque dans le champ des études littéraires et artistiques. Une telle démarche de « science des animaux » élargie à tous les pans du savoir humain est d’autant plus pertinente dans le contexte précis des aires culturelles de l’Asie orientale, que la notion moderne et occidentale de « science », et en particulier les notions de « sciences naturelles » et de « sciences du vivant », n’ont été introduites puis adoptées que à la suite du tournant des XIXe et XXe siècles. Sans connaître le même cheminement historique que dans le monde occidental, les études naturelles (ainsi qu’un savoir technique et encyclopédique du monde naturel et des animaux) se sont pourtant développées en Asie orientale dans le cadre d’une longue tradition initiée en Chine plusieurs siècles avant notre ère. La somme de toutes ces descriptions et représentations des animaux par l’homme constitue ce que nous appelons ici les « zoographies ». Avec pour visée de transcender ces zoographies produites par l’homme – en les analysant, les contextualisant et en les confrontant les unes aux autres –, ce programme a pour finalité de se rapprocher au plus près des conditions de vie des animaux dans leur réalité historique et concrète.

Il s’agit d’une part d’étudier les relations et les interactions multiples, entre humains et animaux. Comme d’autres chercheurs avant nous, nous optons pour le parti pris de mettre en avant et de jeter la lumière sur le rôle fondamental des animaux dans le développement culturel et historique des sociétés et des civilisations humaines, ici, dans le contexte particulier des aires culturelles de l’Asie orientale. Plus encore et d’autre part, il s’agit également de documenter au mieux sur la condition animale, elle-même, que ce soit sous le joug de l’homme, sous son action ou sans lui. À ce titre, il convient d’adopter une approche – ici proprement spécifique à l’Asie orientale – de ce qu’il est désormais d’usage de considérer, à la suite des travaux pionniers de Robert Delort dans les années 1980, et avec Éric Baratay ou d’autres historiens, depuis le milieu des années 2010, comme le « point de vue des animaux », dans une visée non-anthropocentrée. Les animaux sont donc ici étudiés dans une double perspective, à la fois historique et transrégionale, pour ne pas dire transculturelle, entre la Chine, la Corée, le Japon, le Viêt-Nam, le Tibet, la Mongolie et les autres pays voisins de l’Asie centrale ou de l’Asie du Nord-Est.

Ce faisant, comme tout historien qui étudie des êtres vivants non humains au moyen de matériaux produits ou conservés par l’homme, nous faisons face à un paradoxe. Tenter de décrire les animaux à partir de sources et de témoignages historiques qui s’inscrivent de facto dans un contexte anthropique prégnant où la vision humaine efface souvent celle des animaux. D’où l’importance et la gageure de tenter de restituer une vision au plus près des animaux et de leurs conditions de vie. Il nous faut dès lors tenter d’aller au-delà des représentations et descriptions des animaux – les zoographies créées par l’homme –, quelles que soient la nature et l’origine de ces sources, pour tenter d’approcher au mieux les animaux eux-mêmes, en ce qu’ils sont.

Ce programme est structuré en plusieurs axes :

Axe 1 : Zoographies de la Chine ancienne, un inventaire documentaire (F. Devienne et J. Boittout)

Cet axe vise à constituer un inventaire documentaire des contenus zoographiques disponibles, parmi l’ensemble des données produites ou collectées tout au long de l’histoire chinoise en rapport de près ou de loin avec les animaux.

  • Tenue de conférences « Zoographies » à Université Paris Cité (2025-2026 : cycle 2, « Les animaux compagnons des humains » ; 2024-2025 : cycle 1, « La condition animale et les bestiaires, domestique, sauvage et fantastique ».)
  • Participation au colloque international « Cats : Past and Present », Rome 19-21 novembre 2025.

Axe 2 : Histoire des animaux dans le monde chinois, XIXe-XXe siècles (J. Boittout et F. Devienne)

Avec pour objet d’étude prioritaire les relations entre humains et animaux, envisagées à travers leur matérialité (manifestations émotionnelles, espace public, évolutions scientifiques et populaires, catégories du « sauvage » et du « domestique / civilisé »), l’histoire animale proposée ici se conçoit dans une perspective non strictement anthropocentrée. Elle se propose de révéler en quoi la compréhension et le traitement des animaux par les hommes – bien qu’encore négligés par les grands récits historiques – ont pu influer sur toutes les transformations culturelles, sociales et intellectuelles connues en Chine depuis le XIXe siècle.

  • Édition d’un numéro spécial de la revue Perspectives chinoises, consacrée à l’histoire des relations entre hommes et animaux en Chine, de 1949 à nos jours.
  • Édition d’un numéro spécial de la revue Etudes Chinoises portant sur l’histoire des animaux en Chine, de l’Antiquité à nos jours.

Axe 3 : Le Cheval au Japon (Clio Simonetta)

À travers l’étude des relations homme-cheval, cet axe vise à acquérir une vision plus claire et concrète des mécanismes culturels, sociaux et économiques qui caractérisent la société japonaise à travers les siècles. Multidisciplinaire, notre réflexion se base sur une grande variété de sources historiques, scientifiques et archéologiques. Elle rejoint ainsi l’historiographie japonophone, qui a renouvelé son intérêt autour du cheval et son rôle, comme le montrent les ouvrages de Sasaki Ken’ichi, Nojima Minoru, Isahaya Naoto et Kuji Fujio.

Axe 4 : Le Chien en Asie orientale (Li Guoqiang et Frédéric Devienne)

L’espèce domestique canine constitue en effet à de nombreux points de vue un mètre étalon précieux pour l’étude des autres animaux et pour l’étude de la condition animale en général. Les raisons en sont nombreuses. Première espèce animale domestiquée, le chien continue d’occuper aujourd’hui encore une place et un rôle particuliers auprès des humains, en Asie comme ailleurs. Pour le présent quinquennal, la continuation des réflexions sur le chien est élargie à la question des petits chiens sous les Tang (K. Granger), des chiens en Mongolie (C. Marchina), du chien au Viêt-Nam (E. Poisson) et de l’ethnographie des chiens en Chine (plusieurs spécialistes chinois).

  • Publication prévue pour le courant 2026, avec des contributions de Marc Kalinowski, Yuan Jing, Olivier Venture, Françoise Bottéro et Gilles Boileau, parmi d’autres.
  • Base de données iconographique CYNICO.
  • Participation au colloque international « Dogs : Past and Present », Rome 14-17 novembre 2018 et à la publication des actes en 2023.
  • Organisation de journées d’étude « L’Homme et le Chien dans l’Antiquité en Chine », 28-29 novembre 2016.

Axe 5 : Le sacrifice des animaux dans la Chine antique : études anthropozoologiques (Li Guoqiang)

Cet axe se propose d’explorer la question du sacrifice des animaux, dont le rôle central dans la vie sociale et religieuse de la Chine antique a déjà été souligné par les diverses études que nous avons menées sur le sujet depuis une vingtaine d’années. Dans une perspective anthropozoologique inédite, nous envisageons d’étendre notre réflexion aux questions nouvelles de la catégorisation des espèces animales, de l’opposition entre « sauvage » et « domestique », de la hiérarchisation et du statut des animaux sacrifiés, de la prise en compte d’autres espèces objet de sacrifice ou de rituels plus rares, tels que l’offrande des intestins. Il s’agit encore d’étudier la mise en œuvre et l’évolution des sacrifices sur le temps long, notamment à travers un comparatif entre les données archéologiques et textuelles.

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Participants

Responsables

Frédéric Devienne (Université Paris Cité)
Joachim Boittout (Université Paris Cité)
Guoqiang Li (Université de Lille)
Clio Simonetta (Université Paris Cité)

Membres CRCAO

Membres titulaires
Frédéric Devienne (Université Paris Cité)
Joachim Boittout (Université Paris Cité)
Sylvie Hureau (École Pratique des Hautes Études)
Christine Mollier (CNRS)

Membres associés
Guoqiang Li (Université de Lille)

Post-doctorants
Clio Simonetta (Université Paris Cité)
Jingjing Han (École Pratique des Hautes Études)

Participants hors laboratoire

Charlotte Marchina (INALCO)
Emmanuel Poisson (Université Paris Cité)
Kesley Granger (Université d’Edimbourg)
Luo Yang (Sichuan minzu daxue)
Guan Xiaojing (Académie des Sciences sociales de Pékin)
Yuan Jing (Académie des Sciences sociales de Chine)