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Anthropologies
Pôle Études mongoles
Ce programme propose d’initier une réflexion transversale sur les conditions de la comparaison anthropologique, telle qu’elle peut s’exercer dans un cadre académique, mais aussi telle qu’elle peut s’observer en Asie, grâce aux méthodes de l’histoire ou de l’ethnographie, dans le cadre de systèmes de pensée qui théorisent la place de l’humain dans le monde. Il propose également d’explorer la diversité des épistémologies des sciences humaines et sociales et la richesse des méthodes d’enquête ethnographique.
1/ Anthropologie sociale, observation participante et pratiques de terrain
La présence au sein du pôle Études mongoles d’un contingent d’anthropologues ayant fondé leur entreprise descriptive sur une pratique continue de l’observation participante serait l’occasion d’engager un questionnement sur la spécificité de cette méthode par rapport à d’autres approches du « terrain » (en sociologie, en géographie culturelle, en architecture, ou plus récemment encore en philosophie), voire de s’interroger sur la variabilité des méthodes inductives en sciences sociales.
Cet axe de recherche sera aussi le lieu d’une réflexion collective sur la diversité des méthodes de l’anthropologie sociale et culturelle, notamment dans le domaine de l’image et des nouvelles technologies numériques. Les peuples mongols, par exemple, se sont montrés iconophiles de longue date et font, depuis le milieu du xxe siècle au moins, de multiples usages de la photographie. Sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook, beaucoup de Mongols publient ou relaient régulièrement des images, des vidéos et des textes, qui demandent à être pris en charge empiriquement selon une méthodologie propre. L’anthropologie visuelle et la netnographie offrent dès lors des outils d’enquête presque indispensables dans le contexte asiatique. Plus largement, cet axe propose d’interroger à la fois l’unité et la diversité de la méthode ethnographique en anthropologie : ce qui constitue sa spécificité d’une part, et les modalités de son ajustement aux circonstances changeantes de nos existences sociales et culturelles d’autre part.
Les circonstances géopolitiques actuelles, enfin, appellent à une réflexion collective sur les questions de l’accessibilité du terrain ethnographique, dans un contexte de restriction par certains États de l’accès ou de la circulation des chercheurs étrangers, et dans un environnement au sein duquel le contrôle sur les conditions d’exercice de la recherche s’accroît. La question éthique de la protection des populations étudiées, lorsque les données recueillies par l’ethnographe sont susceptibles de les mettre en danger, mérite également d’être collectivement discutée parmi les spécialistes du domaine.
2/ Anthropologie sociale, anthropologie historique, anthropologie du droit
La présence conjointe au CRCAO de représentants de différentes branches de l’anthropologie offre l’occasion d’ouvrir une réflexion sur les fondements épistémologiques de la discipline. Qu’y a-t-il de commun à « l’anthropologie » des historiens, des juristes et des ethnologues ? Y a-t-il des méthodes, des concepts structurants, des épistémologies ou même des références bibliographiques partagées, qui fournissent un socle commun à l’anthropologie sociale et culturelle, l’anthropologie historique ou l’anthropologie du droit ? Ou faut-il simplement se résoudre à considérer que ces différentes « anthropologies » ne partagent qu’un rapport de pure homonymie ?
Cet axe permettra aussi de poser à nouveaux frais la question de la spécificité des méthodes de l’anthropologie sociale et culturelle. S’il est évident que l’ethnographie ne s’est jamais limitée à l’observation participante – puisque les ethnologues examinent aussi des documents textuels ou iconographiques qui ne sont pas recueillis de cette manière (voir axe 1) –, il est plus difficile de caractériser ce qu’il y a de distinctif dans l’analyse de matériaux dont d’autres disciplines se considèrent spécialistes. Par exemple : les anthropologues (lorsqu’ils s’intéressent à l’histoire, comme Marshall Sahlins) et les historiens (lorsqu’ils disent faire de l’anthropologie, comme Jean-Pierre Le Goff) envisagent chacun les documents d’archives d’une manière propre, sans jamais pourtant définir clairement ce qui les rapproche ou les distingue. De la même manière, l’anthropologie juridique et l’anthropologie du droit se donnent sensiblement le même objet, sans vraiment discuter des frontières entre leurs disciplines.
Il conviendra aussi de s’interroger sur la porosité méthodologique des sciences humaines en général. L’anthropologie sociale est l’une des cadettes des sciences humaines et sociales ; ses fondements et ses méthodes doivent beaucoup aux disciplines qui l’ont vue émerger. Mais ses méthodes distinctives n’en sont pas moins reprises par ses aînées : que devient l’ethnographie, par exemple, lorsqu’elle est mobilisée par la sociologie ou la géographie ? Il est intéressant de constater, inversement, que des disciplines plus récentes encore (comme les cultural studies, les études de genre ou les études décoloniales) ont à leur tour une influence sur la façon dont le savoir est produit en anthropologie. En prenant la pleine mesure de l’insertion dynamique des différentes branches de l’anthropologie dans l’écologie épistémologique des sciences humaines, il s’agira donc de s’intéresser aux mouvements croisés de dissémination des savoirs grâce auxquels la variabilité des manières de vivre en société peut être étudiée aujourd’hui.
L’Asie offrant un cadre idéal – et déjà classique – aux différentes manières de faire de l’anthropologie (en tant qu’ethnologue, en tant qu’historien, en tant que juriste), le CRCAO semble l’institution parfaite pour discuter de ces problèmes.
3/ Anthropologies vernaculaires en contexte asiatique
Faire de l’anthropologie en contexte asiatique ne peut se résumer à appliquer à des populations non-occidentales des protocoles d’observation théorisés en Europe et aux États-Unis au tournant du xxe siècle. Le Japon, en particulier, se distingue par une école anthropologique propre, qui s’est développée sous l’influence de ses consœurs américaine et française mais dont le positionnement épistémologique singulier, illustré notamment par une coexistence continue de l’ethnographie au plus proche et de l’ethnographie au plus loin, a été trop longtemps négligé par les écoles euro-américaines de l’anthropologie sociale et culturelle. La Chine, mais aussi la Mongolie, ont elles-aussi développé une pratique académique de l’anthropologie dont la spécificité mériterait d’être mieux comprise, et dont l’histoire reste largement à écrire.
Parallèlement, sur leurs lieux de recherche respectifs, anthropologues et historiens rencontrent fréquemment des théories vernaculaires de la place de l’humain au sein du cosmos. Pour des raisons purement contingentes, ces anthropologies vernaculaires ont été étudiées principalement en contexte amazonien par les ethnographes, et en contexte médiéval chrétien par les historiens. Or, il semble évident que les mondes asiatiques donnent leur cadre à de nombreuses tentatives théoriques (et pratiques) de penser l’humain en général et de manière comparative. Les dispositifs astrologiques d’inspiration tibétaine, qui se sont diffusés à toute la région avec les différentes écoles bouddhiques qui en ont promu l’usage, sont un des exemples les plus évidents de (dé)composition du monde en une multiplicité d’éléments dont les variations, autour et au travers d’un sujet humain, peuvent être modélisées et coordonnées au bénéfice de ce dernier.
Par ailleurs, les épistémologies orientales accordent une grande importance aux autres qu’humains et à leurs relations inter et extra-spécifiques dans un environnement lui aussi souvent considéré comme agent dans différentes interactions. Dans le monde mongol, les relations entre humains et animaux, domestiques comme sauvages, occupent une place centrale dans les représentations du monde et dans les différentes approches anthropologiques. Elles jouent un rôle majeur dans les épistémologies vernaculaires comme académiques. Dès lors, ces conceptions offrent des approches intéressantes dans une démarche comparative plus large au sein des anthropologies asiatiques.
Le CRCAO semble dès lors la structure idéale pour initier une histoire et une anthropologie des anthropologies académiques et vernaculaires asiatiques, en somme une comparaison des manières de comparer.
Activités
— Diplôme « Anthropologie des mondes mongols/Anthropology of Mongol worlds » : diplôme interuniversitaire entre l’École Pratique des Hautes Études (Paris), l’Université Nationale de Mongolie (Ulaanbaatar, Mongolie), le musée national d’ethnologie (MINPAKU, Osaka, Japon) et l’université de Tartu (Estonie) pour des étudiants internationaux de troisième cycle qui envisagent de commencer un doctorat en anthropologie dédié aux sociétés et cultures mongoles. Chaque année, une cohorte de quatre à huit étudiants séjourne à Paris (décembre-janvier), à Tartu (février-mars), à Osaka (avril-mai) et à Ulaanbaatar (juin-juillet).
— Séminaire bi-mensuel des études mongoles, organisé par Isabelle Charleux, Anna Dupuy et Isaline Saunier (toutes approches disciplinaires confondues). Le séminaire se tient en présentiel sur le Campus Condorcet et à distance, et représente les activités des trois programmes : https://etudesmongolesetsiberiennes.fr/seminaires/.
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Inscription disciplinaire
anthropologie
Participants
Responsables
Grégory Delaplace
(École Pratique des Hautes Études)
Gaëlle Lacaze
(Sorbonne Université)
Membres CRCAO
Membres titulaires
Grégory Delaplace
(École Pratique des Hautes Études)
Membres associés
Isaline Saunier
(Indépendant)
Raphaël Blanchier
(Université Clermont Auvergne)
Anna Dupuy
(Université de Bordeaux)
Gaëlle Lacaze
(Sorbonne Université)
Laurent Legrain
(Université Toulouse - Jean Jaurès)
Post-doctorants
Simon Berger
(Inalco)
Veronica Gruca
(Université d'Édimbourg)
Doctorants
Alice Crowther
(École Pratique des Hautes Études)
Mina Yalçıntaş
(École Pratique des Hautes Études)
Participants hors laboratoire
Éléa Boennec
(Sorbonne université)
Charlotte Marchina
(Inalco)
Sandrine Ruhlmann
(CNRS)
