Membre CRCAO - Équipe Chine

Liying Kuo

Directrice d'études émérite, École française d'Extrême-Orient

Présentation

Le centre d’intérêt de mes recherches est le bouddhisme chinois considéré en lui-même, et dans ses rapports avec les autres croyances et religions du monde chinois, notamment en Chine continentale et au Japon, également dans ses interactions avec le monde indien et l’Asie centrale.

Les canons bouddhiques chinois et sino-japonais et les documents manuscrits retrouvés dans la région de Dunhuang et dans des temples bouddhiques en Chine et au Japon sont les principales sources de mes études, mais pas les seules. Dès le départ, en parallèle des études de sources écrites, j’ai fait beaucoup de recherches sur le terrain. Durant mes années d’études et de recherches (1973-78 et 1993-94) à Kyoto, j’ai eu de la chance de pouvoir assister régulièrement aux cérémonies rituelles dans quelques temples bouddhiques avec en main les manuels du rite en question. Les expériences et connaissances acquises par ces observations sur le terrain m’ont été d’un grand secours pour la compréhension des textes anciens, canoniques imprimés ou manuscrits, spécialement pour mes études sur les actes préalables au rite lui-même, les procédures de confession-contrition. Mes méthodes de recherche visent à combiner le plus largement possible les données philologiques et archéologiques, les textes édités et inédits, les images, peintures, sculptures conservées dans les collections institutionnelles et privées, et plus précisément les anciennes et récentes redécouvertes sur les sites des anciens monastères et des lieux de cultes et les monuments existant encore sur ces lieux.

Je cherche à voir comment les textes d’origine indienne traduits en chinois se sont diffusés, ont été adoptés, acculturés, transformés, et interprétés, comment ils ont nourri les pratiques disciplinaires et rituelles du bouddhisme chinois, en Chine proprement dite et chez ses voisins sinisés. Mes études sur les colonnes à dhārāṇī-s (formules sacrées) en sont un bon exemple. Le bouddhisme chinois, idéologiquement héritier du bouddhisme indien, a profondément innové. Ces innovations sont dissimulées et l’on ne les discerne que par comparaison entre les textes rituels des bouddhistes chinois et les textes indiens correspondant. Le type même de ces innovations masquées est fourni par ce qu’on appelle « les apocryphes chinois », textes composés directement en chinois tout en imitant la composition et le style d’un sūtra indien traduit. Les sūtras apocryphes rédigés entièrement en chinois ou à partir de textes traduits traitent également de la pratique rituelle de confession, ainsi que de la pratique de la divination pour connaître le bon ou le mauvais karma afin de prolonger la durée d’acte de pénitence. Les données archéologiques apportent un éclairage supplémentaire aux études sur les sūtras apocryphes. Je donne pour exemple l’une de mes études les plus récentes. Grâce à quelques manuscrits de Dunhuang datés du début du VIe siècle et aux images et inscriptions d’une stèle découverte en 1994 dans un temple de Shanxi, j’ai pu affirmer que l’un des plus anciens dhāraṇī-sūtra en écriture chinoise, le Da fangdeng tuoluoni jing (Vaipulya-dhāraṇī-sūtra) ne pouvait pas entièrement traduit du sanskrit.

Les adeptes du bouddhisme chinois affirment avec fierté qu’ils sont disciples du seul grand véhicule / mahāyāna. Ils proclament pratiquer des doctrines et enseignements prescrits dans les sūtras mahāyāniques, dits vaipulya, c.-à-d. les textes élargis, étendus, développés par rapport aux textes plus anciens, tels les compositions liées aux disciplines monastiques de diverses communautés bouddhistes, les contes des vies du Buddha, Les sūtras mahāyāniques manifestent un grand développement des discussions doctrinales philosophiques et aussi des méthodes pratiques. Ils font preuve d’une certaine liberté de pensée et de pratique, et permettent d’adopter des nouvelles techniques de pratiques aux initiés et aussi non-initiés ; pour ces derniers, les méthodes sont moins élaborées et moins difficiles.

Les sūtras traitant des préceptes (règles de conduite) de bodhisattva semblent exister en chinois uniquement. Les plus anciens datent des IVe-Ve siècles. Or les concepts et les pratiques du bodhisattva sont indiens. Ils sont exposés dans les manuels d’exercices du yoga (au sens bouddhiste du terme), dits Yogācāryabhūmi et Bodhisattvabhūmi accessibles également en chinois. Les préceptes de bodhisattva doivent être appris et récités par cœur lorsqu’on forme ses vœux de bodhisattva dans une cérémonie calquée sur l’ordination monastique. Cette dernière doit se faire devant trois maîtres religieux et au moins sept moines ordonnés comme témoins pour que l’acte soit valide. Les trois maîtres et les sept témoins sont également exigés pour l’ordination de bodhisattva. Il y a un maître humain, mais les trois maîtres spirituels sont le Buddha Śākyamuni et les bodhisattvas Mañjuśrī et Maitreya (ou Amitābha, Śākyamuni et Maitreya). Les témoins sont tous les Buddhas et bodhisattvas du panthéon du bouddhisme. Il faut que l’impétrant ait reçu des signes ou manifestations venant de ces maîtres/divinités pour que l’ordination puisse se faire. L’obtention de signes favorables s’obtient par la pratique assidue et prolongée d’actes de contrition et de méditation. Les sources canoniques attestent qu’aux Ve–VIIIe siècles l’ordination de bodhisattva fut une pratique courante en Chine. Quelques empereurs et aristocrates de l’époque des Six Dynasties l’obtinrent. Il semble également que cette pratique était assez répandue, pas seulement chez les moines chinois, mais aussi japonais. Quelques certificats d’ordination des préceptes de bodhisattva de moines japonais sont conservés au musée national de Kyoto, datés de 823 et 833. D’autres certificats d’ordination des fidèles laïcs datés des 741-780 et du Xe siècle se trouvent à Dunhuang. Ils sont l’un des sujets de mes dernières recherches.

Thématiques de recherche

  • Bouddhisme chinois : manuels de rites, formules d’évocation (dharani et mantra) et matériaux archéologiques, colonnes à dharani et sutra
  • Dunhuang : manuscrits, peintures et inscriptions., copies de sutras, textes rituels
  • Sutras et tantras apocryphes du bouddhisme sino-japonais : adaptation et assimilation
  • Certificats d’ordination de bodhisattva en Chine et au Japon

Enseignements

  • Cycle de conférences annuel avec des chercheurs invités de l’Institut de Dunhuang

Publications (HAL Archive Ouverte)

  • Liying Kuo. 西方疑僞經研究與 “如是我聞. 佛教文獻研究 第一輯 佛教疑偽經研究專刊, 1, l'Institut des études de Dunhuang au Collège des études de philosophie de l'Université normale de Shanghai, pp.1-17, 2016. ⟨hal-01658001⟩
  • Liying Kuo. Dhāraṇī Pillars in China: function and symbol. China and Beyond in the Early Medieval Period : Cultural Crossings and Inter-Regional Connections, Manohar Publishers; Cambria Press Inc., pp.351-385, 2014. ⟨hal-01660613⟩
  • Liying Kuo. Dunhuang xiejing zhong Xiyu chuanyijing yu Zhongyuan weichuanjing 敦煌寫經中西域傳譯經與中原未傳經 . WANG Sanging 王三慶; ZHENG Acai 鄭阿財. 敦煌、吐魯番國際學術研討會論文集 (Actes du colloque sur les études de Dunhuang et Turfan, novembre 2013, Tainan, Taïwan), Université Chenggong, Department de la littérature chinoise, pp.277-293, 2014. ⟨hal-01660625⟩
  • Liying Kuo. Dunhuang sūtras' Copies and Associated Elements : Case Studies of the Foding zunsheng tuoluoni jing. Irina Popova; Liu Yi. Dunhuang Studies : Prospects and Problems for the Coming Second Century of Research (敦煌學 : 第二個百年的研究視角與問題), Russian Academy of Sciences. Institute of Oriental Manuscripts, pp.115-126, 2012. ⟨hal-01660597⟩
  • Liying Kuo. Cong shichuang tan Dunhuang de tuoluoni yishi zuofa 從石幢談敦煌的陀羅尼儀式作法 (Inscriptions sur colonnes en pierre et culte de dhāraṇī à Dunhuang). Qinghe Rao Zongyi xiansheng 95 huadan : Dunhuangxue guoji xueshu yantaohui lunwenji 慶賀饒宗頤先生95 華誕:敦煌學國際學術研討會論文集 (International Dunhuang Studies : In Honour of Professor Jao Tsung-I’s 95th birthday), Zhonghua shuju, pp.375-399, 2012. ⟨hal-01660603⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois : Vision, méditation et purification dans le bouddhisme des Ve-VIe siècles en Chine (suite et fin). Annuaire de l’École pratique des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques, EPHE, 2017, Résumés des conférences et travaux 148e année (2015-2016), pp.374-379, 98*-101*. ⟨hal-01660637⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois : I. Vision, méditation et purification dans le bouddhisme des Ve-VIe siècles en Chine — II. Etude de manuscrits de Dunhuang et de découvertes archéologiques. Annuaire de l’École pratique des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques, EPHE, 2016, Résumés des conférences et travaux 147e année (2014-2015), pp.335-338, 97*-99*. ⟨hal-01660630⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois. Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques. Résumés des conférences et travaux, 2015, pp.339-343. ⟨hal-01657977⟩
  • Liying Kuo. 六世紀上半葉敦煌寫本《大方等陀羅尼經》新探. 敦煌吐魯番研究, 2015, 15, pp.257-278. ⟨hal-01658000⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois : I. La chronique des maîtres de la lignée du Buddha Vairocana, composée à Dunhuang (fin IXe – début Xe siècles); II. Lecture de manuscrits et de textes canoniques imprimés se rapportant à ce sujet. Annuaire de l’École pratique des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques, EPHE, 2014, Résumés des conférences et travaux 145e année (2012-2013), pp.340-342, 103*-105*. ⟨hal-01660619⟩
  • Liying Kuo. Rencontres franco-chinoises sur les études de Dunhuang : actualité de la recherche et publications récentes / Zhong Fa Dunhuangxue taolunhui, organisées les 14-15 juin 2011 au Collège de France et à la Maison de l'Asie (EFEO), Paris, par le Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale (CRCAO-UMR CNRS 8155) et l'équipe « Bouddhisme » de l'EFEO.. Cahiers d'Extrême-Asie, Ecole française d'Extrême-Orient, 2013, no. 20, p. 247 - 256. ⟨10.3406/asie.2011.1379⟩. ⟨halshs-03134616⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois : I. La naissance d’un nouveau tantra à Dunhuang ; II. Lecture de manuscrits des IXe et Xe siècles sur l’établissement des aires rituelles (maṇḍala). Annuaire de l’École pratique des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques, EPHE, 2013, Résumés des conférences et travaux 144e année (2011-2012), pp.250-253 et 97*-98*. ⟨hal-01660608⟩
  • Liying Kuo. Philologie du bouddhisme chinois : I. La création d'un nouveau tantra ; II. Lecture du Sūtra de l'escarpement de diamant (Jin'gang jun jing), manuscrits de Dunhuang. Annuaire de l’École pratique des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques, EPHE, 2012, Résumés des conférences et travaux 143e année (2010-2011), pp.306-309 et 100*-101*. ⟨hal-01660595⟩
  • Liying Kuo. Sur les apocryphes bouddhiques chinois. Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, EFEO, 2000, 87 (2), pp.677-705. ⟨10.3406/befeo.2000.3496⟩. ⟨halshs-02514989⟩
  • Li-Ying Kuo. In memoriam : Rolf Alfred Stein (1911-1999). Cahiers d'Extrême-Asie, Ecole française d'Extrême-Orient, 1999, no. 11, p. 10-30. ⟨halshs-03134270⟩
  • Li-Ying Kuo. Autour du Fojiao chuchuan nanfang zhi lu wenwu tulu. Arts Asiatiques, École française d'Extrême-Orient, 1998, 53 (1), pp.102 - 111. ⟨10.3406/arasi.1998.1425⟩. ⟨halshs-02513080⟩
  • Liying Kuo. Mandala et rituel de confession à Dunhuang. Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, EFEO, 1998, 85 (1), pp.227-256. ⟨10.3406/befeo.1998.2550⟩. ⟨halshs-02515001⟩
  • Frédéric Girard, Liying Kuo. Découverte de manuscrits bouddhiques chinois au Japon. Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, EFEO, 1996, 83 (1), pp.368 - 375. ⟨10.3406/befeo.1996.3809⟩. ⟨halshs-02515010⟩
  • Liying Kuo. Michael Radich, How Ajàtasatru Was Reformed : The Domestication of "Ajase " and Stories in Buddhist History, Studia Philologica Buddhica, Monograph Series XXVII, 2011. 2012, pp.438-442. ⟨halshs-02514983⟩
  • Liying Kuo. À propos de Makita Tairyō et Ochiai Toshinori : Nanatsu-dera koitsu kyōten kenkyū sōsho (The Long Hidden Scriptures of Nanatsu-dera, Research Series) II : Chūgoku senjutsu kyōten {sono ní) (Scriptures Composed in China, vol. II). 1999. ⟨halshs-02514993⟩
  • Li-Ying Kuo. Michel Strickmann, Mantras et mandarins. Le bouddhisme tantrique en Chine, 1996. (« Bibliothèque des sciences humaines »). 1997. ⟨halshs-02515029⟩
  • Liying Kuo. Ochiai Toshinori : Manuscrits of Nanatsu-dera. A Recently Discovered Treasure-House in Downtown Nagoya; Makita Tairyô et Ochiai Toshinori (ed.) : Nanatsu-dera koitso kyôten kenkyû sôsho. 1995. ⟨halshs-02515016⟩

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