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Périodisations et espaces de la coercition dans le Japon impérial des années 1930-1940

05 juin 2026 - Journée d'études

Journée d’étude organisé par Arnaud Nanta (CNRS, IAO), à l’Institut d’Asie Orientale (UMR 5062, ENS de Lyon, 15 parvis René Descartes, 69007 Lyon, métro Debourg) Argumentaire : La décennie 1930 relève classiquement d’une double chronologie. Celle-ci découle de l’appréciation portée à la fin du temps dit de la « démocratie de Taishō »,…

Journée d’étude organisé par Arnaud Nanta (CNRS, IAO), à l’Institut d’Asie Orientale (UMR 5062, ENS de Lyon, 15 parvis René Descartes, 69007 Lyon, métro Debourg)

Argumentaire :

La décennie 1930 relève classiquement d’une double chronologie. Celle-ci découle de l’appréciation portée à la fin du temps dit de la « démocratie de Taishō », du nom de l’ère courant du milieu de l’été 1912 à fin 1926. Cette dénomination renvoie à l’esprit de liberté, surtout en contexte urbain, qui traversa les « années folles » du Japon jusqu’à l’incident de Mandchourie en 1931. La période qui suit fut marquée par la fondation du Manchukuo, État satellite du Japon, puis par la sortie du Japon de la Société des Nations en 1933 : cette période de quinze années fut saisie en bloc lors du Procès de Tōkyō en 1946-1948 (car celui-ci chercha à établir des responsabilités) puis par l’historiographie des années 1950 et 1960, et au-delà, pour se voir ainsi désignée comme une guerre de quinze ans (1931-1945). Cette chronologie large a alors été plaquée sur l’empire colonial, non sans fondement, comme le montre l’accélération de l’industrialisation en Corée, avec l’idée qu’une période de militarisation, de 1931 à 1937, précédait ainsi le déclenchement de la guerre de l’Asie et du Pacifique (1937-1945). Cependant, depuis la fin des années 1990, cette dénomination de guerre de l’Asie et du Pacifique — qui englobe la guerre sino-japonaise d’une part, et d’autre part, la guerre contre les États-Unis — s’est imposée comme un bloc historiographique à part entière, qui ne pourrait être plaqué sur la décennie 1930 dans son ensemble, en amont. De là, les « années 1930 » peuvent être, peut-être davantage en métropole, saisies comme relevant de l’entre-deux-guerres (continuation des « années folles » japonaises) ou bien comme le début de la militarisation et de la guerre, c’est-à-dire comme constitutives de deux périodisations très différentes.

La présente journée d’étude rassemblera des chercheurs travaillant actuellement sur cette période, allant du début des années 1930 jusqu’à la fin de la guerre de l’Asie et du Pacifique, afin de réfléchir sur l’articulation entre la période 1931-1937 et le temps de la guerre de l’Asie et du Pacifique. Cette réflexion se déploiera au travers de plusieurs cas d’étude concernant la coercition et les rapports centre-périphérie. La question centrale posée par les historiographies ayant traité, notamment au Japon, en Corée du Sud ou aux États-Unis, de ces périodes concerne la filiation des pratiques d’exploitation et de violence mises en œuvre durant la guerre de l’Asie et du Pacifique. Une telle recherche de la filiation des pratiques de violences, notamment dans un but d’établir des responsabilités, amène nécessairement à retracer une archéologie de ces pratiques en remontant par exemple à l’incident de Mandchourie. Cette approche procède d’un élargissement du concept de militarisme qui dans un sens étroit ne concernerait pourtant que la période post 1936 (tentative de coup d’État du 26 février, puis accentuation du poids des militaires au sein du gouvernement) mais qui dans un sens large pourra amener les travaux à remonter aux débuts de l’ère Meiji (1868-1912), selon l’idée que c’était l’ensemble de l’État impérial japonais qui fut militariste de façon continue de 1868 à 1945. Quelle que soit la profondeur historique retenue, la question est d’importance car elle questionne le processus de formation des pratiques constatées à partir de 1938 et durant la première moitié des années 1940, d’une part au sein du Japon proprement dit auquel Taiwan et la Corée, colonies, étaient alors annexés, d’autre part dans les territoires occupés. Ces pratiques furent-elles en continuité avec la praxis de la décennie précédente ? En constituèrent-elles une accentuation ? Ou bien, furent-elles spécifiques de cette seconde période ? De plus, les situations coloniales, à Taiwan et en Corée, comportèrent-elles des spécificités ou bien les pratiques constatées là procédèrent-elles d’une amplification d’éléments constatés en métropole ?

Pour ce faire, les cas étudiés par les intervenants concernent les objets suivants : la presse nationaliste antigouvernementale japonaise des années 1930 ; l’esclavage sexuel durant la guerre de l’Asie et du Pacifique ; les politiques de japonisation à Taiwan ; l’occupation militaire de la Chine

Programme

9h00/9h15  Accueil

9h30  César Castellvi (Paris-Cité) : « Dénoncer le “mal de la presse” : La revue Shinbun to shakai et la critique des médias dans le Japon des années 1930 »

10h30  Sophie Rainaut (ENS de Lyon) : « Les transformations de l’école japonaise en temps de guerre, en métropole, Corée et Taiwan »

11h30  Bernard Thomann (INALCO) : « Qu’est-ce que le “travail forcé” dans les mines durant la guerre Asie-Pacifique ? »

12h30-14h00   Pause déjeuner

14h  David Serfass (INALCO) : « Pacifier les campagnes : circulations impériales d’une technique contre-insurrectionnelle chinoise »

15h00  Arnaud Nanta (CNRS) : « Le soutien de l’anthropologie aux politiques de japonisation à Taiwan : la transition entre la politique indigène du Gouvernement-Général de Taiwan, achevée en 1935, vers la revue Minzoku Taiwan (1941-1945) »

16h00  Isabelle Konuma (INALCO) : « Les sources du Procès de Tōkyō relatives aux “femmes de réconfort” » de l’Armée impériale japonaise »

17h00  Discussion finale et mots de conclusion

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