Image de droite : Kusôshi genkai 九想詩諺解, 1694, illustration de la « contemplation de l’impur » (fujôkan 不浄観). Copyright : 立命館ARC
Conférence de Josef Kyburz
Pour « connaître » un peuple étranger et sa culture, l’ethnographe commence par se familiariser avec la langue, s’adapte aux us et coutumes du pays et partage la vie des habitants du ‘terrain’ qu’il choisi d’explorer. Il y partage la vie et communique dans leur langue avec les habitants, tout en nourrissant ses recherches de l’observation des événements, des choses et faits du monde autour. Dans notre cas, il s’agit d’un Européen qui enquête sur un peuple logé à l’autre bout de l’Eurasie, au sein du monde sinisé, la culture japonaise plus précisément.
En l’occurrence, l’ethnologue se trouve dans une situation où il doit considérer sur un même plan deux aires culturelles dont la langue diffère foncièrement l’une de l’autre. Étant donné que le processus d’interpénétration culturelle passe avant tout par la langue, et que, dans ce cas, la communication est fondée sur la traduction d’une langue dans l’autre, la compréhension mutuelle s’avère fonction du degré auquel le sens d’un terme dans une langue correspond à sa traduction dans l’autre. Or si l’on accepte l’hypothèse du relativisme linguistique qui veut que la langue d’un peuple reflète la façon dont celui-ci perçoit le monde, dans quelle mesure le francophone peut-il alors ‘comprendre’ son interlocuteur japonais ? Appréhende-t-il le monde comme lui ?
Dans la pratique, même s’il maîtrise convenablement l’idiome de son terrain, l’ethnographe se trouve parfois confronté à des phénomènes, des singularités, qui dépassent son entendement. Il essaye d’appréhender une idée, un concept, un fait, dont il connaît le nom et devine les contours, mais qu’il sent instinctivement procéder d’une autre dimension. Même en admettant que le décalage puisse relever d’un certain relativisme culturel, il lui faut envisager que ce soit sa propre perception qui soit divergente. Au point qu’il se demande si ce n’est pas jusqu’à la soi-disant ‘réalité’ qui soit relative elle aussi, voire s’il n’y a pas incommensurabilité en fin de compte.
Notre discours se propose de montrer que ce que nous appelons ‘perception’ s’édifie sur des bases paradigmatiques propres à chaque langue à un niveau subliminal. Pour éluder les problèmes que peut poser l’hypothèse relativiste, la démonstration ne s’appuie ni sur des arguments verbaux ni des sources textuelles, mais se fonde et procède immédiatement de l’image.
Les visuels cités à l’appui sont propres aux deux aires culturelles en question, européenne et extrême-orientale, et se déploient de part et d’autre en deux séries parallèles. Cette étendue géographique va de pair avec un espace temporel couvrant quelque deux millénaires et demie. C’est la comparaison des aspects les plus élémentaires de ces deux visions du monde qui nous permettra d’appréhender où se trouvent leurs différences intrinsèques – du point de vue linguistique aussi bien que phénoménologique.
Auditorium de l’Institut national d’histoire de l’art
Vendredi 30 octobre de 16h30 à 18h30
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