Pour cette période quinquennale (2019-2023), le programme « Histoire sociale du Tibet » est un prolongement direct de l’ancien programme « Histoire moderne des sociétés tibétaines » (période 2014-2018), notamment à travers son premier thème de recherche intitulé « Histoire sociale des sociétés tibétaines (XVIIe-XXe siècles) ». L’ancien programme quinquennal reposait principalement sur deux projets franco-allemands successifs (financés par l’ANR et la DFG) sur l’histoire sociale du Tibet : le projet « Social History of Tibetan Societies (SHTS) » (2012-2016), et le projet qui lui a fait suite « Social Status in the Tibetan World (SHTS) » (2016-2020). Ces deux projets ANR-DFG étaient basés en partie sur les archives comme sources d’histoire sociale et en partie sur d’autres types de sources (documents écrits, oraux et publiés). La description détaillée de ces programmes est disponible sur un site internet dédié (http://www.tibetanhistory.net/).

TibStat, le deuxième projet ANR-DFG, s’est achevé fin 2020, mais la recherche dans le domaine de l’histoire sociale du Tibet se poursuit comme l’un des principaux programmes de l’équipe Tibet.

 

Le programme est organisé en deux axes :

A. Le statut social dans le monde tibétain

Ce thème de recherche s’est appuyé d’abord sur le projet bilatéral franco-allemand (ANR/DFG), dirigé par Charles Ramble et Peter Schwieger et intitulé « Social Status in the Tibetan World » (TibStat, 2016-2020). L’objectif était de centrer l’analyse historique de l’Histoire sociale (initiée dans le précédent projet ANR-DFG, SHTS) uniquement sur la question du statut social dans le monde tibétain. La recherche sur ce thème s’appuie sur plusieurs corpus de sources provenant de différentes régions du monde tibétain. La notion scientifique de statut social, largement inspirée par les travaux pionniers de Max Weber, présente l’avantage d’être plus inclusive que d’autres modèles de stratification et de hiérarchie : d’une part, elle ne se limite pas à l’étude des sociétés de castes, dans lesquelles le statut est largement déterminé par la naissance, et d’autre part, elle ne réduit pas nécessairement le statut à des facteurs économiques, comme dans la conception marxiste des classes, où les groupes sociaux s’opposent de manière dialectique. La portée de cette catégorie lui donne une valeur analytique considérable pour les sociétés qui se trouvent sur un continuum allant du déterminisme hiérarchique, comme celui de l’hérédité dans le cas des sociétés à castes les plus rigides, à une plus grande fluidité dans ce qu’on appelle les « méritocraties » à l’autre extrême. Bien qu’il existe des variations considérables d’une région tibétaine à une autre, toutes les sociétés en question sont situées entre les deux extrêmes de l’imputation et de la réalisation.

La recherche de Charles Ramble se concentre géographiquement sur les trois enclaves frontalières du Mustang et du Dolpo, au Népal, et sur Porong, ancienne principauté semi-autonome du sud du Tibet. Ses recherches portent sur les lois et la gouvernance locales, la société civile, la gestion des ressources, les taxes, la hiérarchie sociale et d’autres aspects de l’histoire sociale. Alice Travers poursuit ses activités de recherche sur l’aristocratie du Tibet central, sur la base de documents relatifs à la noblesse entre les XVIIe et XXe siècles et conservés en exil dans différentes collections d’archives publiques et privées.

B. Les archives comme source pour l’histoire sociale de l’aire culturelle tibétaine

Bien que les archives soient mobilisées de façon prioritaire par les historiens d’autres aires culturelles, l’existence et l’importance des archives pour l’histoire du monde tibétain a parfois été sous-estimée, en raison d’un accès aujourd’hui difficile voire impossible aux archives de la Région Autonome du Tibet, mais aussi en raison des difficultés d’analyse que ces documents présentent, lorsqu’ils existent. De ce fait, des sources de type littéraire ont très souvent été utilisées pour l’histoire du Tibet. Il existe pourtant de nombreux documents d’archives en tibétain, éparpillés dans des musées ou institutions diverses à travers le monde, ainsi que d’importants fonds sur site dans les régions périphériques de l’aire culturelle tibétaine. Une large partie des archives disponibles demeure encore sous-exploitée. Certains fonds ont fait ou font l’objet d’un travail important, comme celui des chercheurs de l’université de Bonn, qui ont développé des outils d’analyse critique adaptés, tirés de la diplomatique, notamment pour les archives de Chancellerie ; ou encore celui de Charles Ramble sur les archives du Mustang, Dolpo et Porong. Des travaux récents et novateurs ont permis de mettre au jour l’intérêt d’une approche codicologique de ces documents (Helman-Wazny et Ramble 2017), par l’analyse des écritures manuscrites, de l’utilisation des sceaux et de l’ensemble des signes de validation — une approche qui avait été récemment appliquée à l’étude des manuscrits tibétains, mais pas encore à celle des archives, une lacune donc que ce programme entend combler en développant une méthodologie nouvelle en collaboration avec Agneszka Helman-Wazny (Center for the study of Manuscript Cultures, Hambourg).

Ce programme se concentrera donc spécifiquement sur le rôle des archives tibétaines comme source de l’histoire sociale du Tibet en tentant de dresser un inventaire des différents fonds d’archives pertinents dans le monde et en déterminant leurs caractéristiques individuelles et leur diversité selon les régions du monde tibétain. Il combine l’étude du contenu de ces archives avec une analyse diplomatique et codicologique.

Résultats scientifiques

La principale plate-forme pour les résultats de ce programme de recherche est le site web qui a été créé pour les deux projets ANR-DFG (SHTS et TibStat) (www.tibetanhistory.net). Entre autres choses, le site contient une base de données consultable de plus de 200 documents tibétains du Mustang, entièrement traduits et annotés, et d’autres documents continueront à être ajoutés au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Le site fournit également une liste complète des publications achevées et à venir des projets, ainsi que des études en histoire sociale tibétaine entreprises en dehors de ceux-ci.

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Participants

Responsables

Charles Ramble (École Pratique des Hautes Études)
Alice Travers (CNRS)

Membres CRCAO

Membres titulaires
Charles Ramble (École Pratique des Hautes Études)
Alice Travers (CNRS)

Membres associés
Françoise Robin (Inalco)
Lara Maconi (Inalco)

Participants hors laboratoire

Dr Christoph Cüppers (Lumbini International Research University, TibStat 2016-2020)
MA Jeannine Bischoff (Bonn University, Allemagne, TibStat 2016-2020)
Pr. Fernanda Pirie (Oxford University, GB, TibStat 2016-2020)
Dr Kalsang Norbu Gurung (Bonn University, Allemagne, TibStat 2016-2020)
Dr. Hildegard Diemberger (Cambridge University, GB, TibStat 2016-2020)
Dr Agneszka Helman-Ważny (Centre for the Study of Manuscript Cultures, Hamburg)