Dans leurs différents domaines de la recherche, les chercheurs travaillant sur l’Asie orientale classique et prémoderne rencontrent constamment des situations au sein desquelles les paramètres de la langue utilisée dans un texte donné constituent par eux-mêmes une part essentielle de sa prise de sens. Autrement dit la sémiotisation d’un texte n’est plus seulement fonction de son contenu explicite, au niveau dénotatif : elle est également déterminée par cette dimension implicite, connotative, qu’est le choix de la forme linguistique particulière qui est mobilisée pour écrire ce texte. Cette dimension est présente dans de nombreuses situations : citation, commentaire, réécriture, création littéraire (dans les transpositions d’un genre à l’autre par exemple), et plus largement dans la genèse de nombreux types de textes.
En Chine, la coexistence des deux registres différents du chinois classique et du chinois vernaculaires a déclenché toute une série de délocalisations linguistiques qui relèvent non seulement de la stylistique, mais de la traduction au sens plein. Les pays voisins de ladite « sinographosphère » (Corée, Japon, Vietnam, régions altaïques…), tout en entretenant des relations ambiguës de familiarité linguistique et d’étrangeté par rapport au chinois classique (lequel n’appelait pas nécessairement à la traduction dans les langues vernaculaires locales), ont été eux-mêmes entraînés dans des formes multiples de traduction intralinguale et de réécritures, au gré de situations toujours complexes de diglossie, de pluriglossie ou de plurilinguisme.

Le rapport de réécriture ne se réduit pas au modèle commode qui oppose, dans les situations de diglossie ou de pluriglossie, une variété « élevée » (ou « classique ») de la langue à une ou des variété(s) « inférieure(s) ». Les configurations sont en fait autrement complexes, mais aussi bien plus riches. La traduction intralinguale ne saurait se limiter à des finalités instrumentales, comme dans la configuration « initié-profane », où, d’un texte ancien ou classique, sera tirée une version réputée plus « accessible ». En Chine, l’herméneutique des Classiques est liée à l’émergence de genres vernaculaires. Ce phénomène intéresse aussi les pays et aires culturelles voisins de la Chine. Dans l’espace de l’Asie orientale, s’il est vrai que l’utilisation généralisée de chinois classique jusqu’à la période prémoderne a produit ce qu’on pourrait appeler une sorte de cosmopolitisme sinographique, qui a permis dans une certaine mesure de shunter la nécessité immédiate de la traduction entre les différentes langues dans la sphère écrite, cela n’a pas empêché le développement de langues vernaculaires et le partage des connaissances dans les perspectives diachroniques et socio-culturelles.
La contiguïté des pratiques de réécriture, de commentaire et de traduction intralinguale dans les pays de la sinographosphère dans les périodes classique et prémoderne explique pourquoi cet axe de recherche présente une dimension transversale.

Il a donné lieu à un colloque en 2017, avec publication en cours, et à un workshop en 2021.

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Participants

Responsables

Rainier Lanselle (École Pratique des Hautes Études)
Barbara Bisetto (Università degli Studi di Verona)

Membres CRCAO

Membres titulaires
Rainier Lanselle (École Pratique des Hautes Études)
Matthias Hayek (École Pratique des Hautes Études)
Pierre Marsone (École Pratique des Hautes Études)
Philippe Papin (École Pratique des Hautes Études)
Jean-Noël Robert (Collège de France)
Daniel Struve (Université de Paris)
Victor Vuilleumier 宇乐文 (Université de Paris)

Membres associés
Barbara Bisetto (Università degli Studi di Verona)
Marie Bizais-Lillig (Université de Strasbourg)
Anne Cheng (Collège de France)
Vincent Durand-Dastès (Inalco)

Appui à la recherche
Philippe Pons (CNRS)

Post-doctorants
Aude Lucas (Indépendant)

Participants hors laboratoire

Özlem Berk Albachten (Université du Bosphore, Bogazici University, Turquie)
Rebekah Clements (Durham University)
Matthew Fraleigh (Brandeis University)
Mårten Söderblom Saarela (Max Planck Institute for the History of Science)
Viatcheslav Vetrov (Université de Heidelberg)
Karen Korning Zethsen (University of Aarhus, Denmark)