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Nouvelles perspectives sur l’histoire et l’archéologie du Tibet, de la Chine et du Japon

publié le , mis à jour le

Nouvelles perspectives sur l’histoire et l’archéologie du Tibet, du Japon et de la Chine

Journée doctorale du Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale

Jeudi 30 octobre 2014

CRCAO
Collège de France, salle Claude-Lévi Strauss
52, rue du Cardinal Lemoine
75005 Paris

Programme

Résumé journée doctorale – CRCAO – 30 octobre 2014

Le jeudi 30 octobre dernier, s’est tenue la première journée doctorale du CRCAO. Ce projet fut soutenu financièrement par le CRCAO et organisé par Arnaud Bertrand et Mengying He (coreprésentants des doctorants du laboratoire). Dix doctorants ont présentés leurs recherches. Au milieu de la journée, la salle Claude Lévi-Strauss comptait un auditoire au milieu de la journée de 50 personnes. De nombreux membres du laboratoire sont venus écouter le travail des jeunes chercheurs du CRCAO ce qui a permis un échange très enrichissant pour chacune des dix présentations. Cette rencontre a notamment pu rendre compte de la diversité géographique et historique des sujets de recherches.

Introduction des directeurs du CRCAO

La journée s’est ouverte avec quelques mots d’introduction et de soutien de M.Rainier Lanselle (Maître de conférences HDR à Paris Diderot et directeur adjoint du CRCAO) s’exprimant au nom de la direction du laboratoire et de M. Nicolas Fiévé (Directeur du CRCAO). Il témoigna de l’importance de cette journée qui donne l’opportunité aux doctorants et post-doctorants du laboratoire de présenter les résultats de leurs recherches. Il rappela que le soutien aux jeunes chercheurs se développe actuellement de manière très positive. C’est dans le cadre des recherches en thèse, que le doctorant peut commencer à prendre part à divers projets scientifiques pour préparer au mieux son avenir au sein de la recherche française. Si le CRCAO n’avait pas connu avant de journée doctorale, M. Lanselle termina son discours par des mots d’encouragements pour une édition annuelle de ce type d’événement qui sera toujours formateur et bénéfique pour les jeunes chercheurs mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique du CRCAO.

Résumé des interventions

C’est dans un but de faire échanger les trois équipes Japon, Tibet et Chine du laboratoire que les organisateurs ont souhaités que chacune des trois séances puissent être présidé par l’un des membres de ces trois équipes. Claude Hamon (Maître de conférence, HDR, Université Paris Diderot, équipe Japon du CRCAO) était le discutant de la matinée, Olivier Venture le discutant de l’après-midi (Maître de conférence, EPHE, équipe Chine) et Françoise Wang-Toutain (Directrice de recherche, CNRS, équipe chine et Tibet) termina la présida la dernière session de la journée.

PREMIÈRE SESSION : HISTOIRE DES SOCIÉTÉS

Caroline Boissier : Naissance de l’industrie musicale au Japon (Dir. Claude Hamon, Paris Diderot)

Et Matsumoto dit à Horn : « Au lieu d’importer des chikuonki, pourquoi ne pas en fabriquer nous-mêmes au Japon. Les prix seraient plus abordables et puis le répertoire musical japonais est riche. » Horn trouva l’idée intéressante. Cependant, ni l’un ni l’autre ne s’y connaissait dans l’industrie musicale. Celle-ci était encore toute jeune : à peine vingt ans d’existence. Il faudra néanmoins attendre dix années pour que cette idée soit mise en pratique. Caroline Boissier, au cours de son exposé, pu présenter les différentes sources historiques lui permettant de retracer les débuts de cette industrie au Japon.

Martin Nils : Les monuments du groupe Wanla (Dir. Charles Ramble, EPHE)

Au pied de l’ancien village fortifié de Nyoma, dans la région himalayenne du Ladakh (Jammu-et-Cachemire, Inde), se dresse le stupa-porte auquel cette présentation est dédiée. Décrit comme « de loin le plus bel exemple de décoration de stupa » qu’il ait vu par le Dr. Shawe, missionnaire morave de passage à Nyoma au début du XXème siècle, l’ensemble de peintures murales et de sculptures en bois du XIVème siècle qui orne l’intérieur de ce stupa est exceptionnel à plus d’un titre. Son programme iconographique est très complexe. Ses peintures utilisent tour à tour et avec brio l’un et l’autre des styles en vogue à cette époque. Enfin, sa destination funéraire lui confère une place particulière dans l’histoire du Ladakh. Construit vraisemblablement pour le seigneur de Wanla, Bhagdar Skyab, le stupa principal de Nyoma apparaît comme l’un des monuments les plus raffinés de son époque.

Cécile Ducher : Contribution à l’histoire des débuts de la lignée Kagyü au Tibet : la « quadruple lignée de transmission (bka’ babs bzhi) (Dir. Matthew Kapstein, EPHE)

Cette contribution à l’histoire des débuts de la lignée Kagyü, l’une des principales du bouddhisme tibétain actuel, a un double objectif. Le premier relève du domaine des études tibétaines à proprement parler, et vise à expliquer les multiples et divergentes versions traditionnelles des lignées des « quatre transmissions » (bka’ babs bzhi), qui sont quatre lignées de maîtres de qui Tilopa, le maître indien considéré par les Kagyü comme leur père fondateur, a reçu sa transmission. Le second s’attache à examiner l’idée même de « lignée » et le rôle de la transmission dans la construction historique d’un ordre.

Xinzheng Wei-pech : L’évolution des livres d’initiation classiques chinois du type allusion : Comparaison du (Lishi mengqiu 李氏蒙求 et du Youxue qionglin 幼學瓊林) (Dir. Pierre Marsone, EPHE)

Le Lishi Mengqiu 李氏蒙求et le Youxue qionglin 幼學瓊林sont tous les deux représentatifs de l’évolution des livres d’initiations classiques en Chine. Rédigé par Li Han sous les Tang, le Lishi mengqiu est considéré comme le premier manuel du type allusions historiques et littéraires. On dit de lui, qu’il « enseigne sur les connaissances du monde, au point que tout autre ouvrage serait futile ” Le Mengqiu influence par ailleurs profondément les livres d’initiation des générations suivantes. Il existe en effet plus d’une centaine de « Lei mengqiu » 類蒙求 (manuels de même type que le Mengqiu). Le développement de ce type de manuel trouve un écho populaire sous les Ming et les Qing, en particulier le Youxue qionglin, écrit par Cheng Dengji 程登吉(字允升)sous les Ming. En chine, il n’est pas rare que l’on dise d’une personne qu’elle « serait capable de lire et de voyager sans encombre, qu’une fois qu’elle aura intégré le Youxue”. Une présentation de l’évolution de ces livres d’initiations aura pour objectif de comprendre leurs portées dans les milieux de lettrés entre la dynastie des Tang et des Qing.

2nde SESSION : PHILOLOGIE ET ARCHEOLOGIE

Mengying He : Edouard Chavannes, fondateur de la sinologie française (Dir. Pierre Marsone, EPHE)

Edouard Chavannes (1865-1918) est considéré comme le fondateur de la sinologie française. Il a innové dans les méthodes de la sinologie, exploré de nouveaux domaines de recherche et produit une grande quantité de publications scientifiques sur l’histoire, la religion et la culture de la Chine et de l’Extrême-Orient. Il a aussi formé plusieurs grands sinologues. Son influence reste importante jusqu’à aujourd’hui. L’exposé porte sur une présentation de la vie et du travail de Chavannes, sur l’état actuel de la recherche en France et en Chine. Une séance de discussion faisant suite à cette présentation souleva notamment des interrogations sur les motivations qui ont menés Chavannes à explorer la Chine. C’est dans le milieu des industriels Lyonnais que Chavannes trouve très probablement sa voie vers l’Extrême-Orient dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Alexis Lycas : Représenter l’espace dans un texte du haut Moyen-Âge chinois : le Shuijing zhu de Li Daoyuan (Dir. François Martin, EPHE)

Considéré comme le troisième plus important texte géographique de la Chine prémoderne, à la suite du Shanhai jing 山海經 (Livre des monts et des mers) et du Yu gong 禹貢 (Tribut de Yu), le Shuijing zhu est l’œuvre d’un lettré ayant servi une cour étrangère pendant la période de division. M. Alexis Lycas propose de décortiquer ce texte en prenant pour exemple les paragraphes consacrés à la description de la rivière Xiang 湘 (Hunan). Après une brève présentation du texte, de l’auteur et du cours d’eau étudié, il fit une analyse de la trame générale du texte, puis des sources utilisées par l’auteur, qui permettent de situer le texte dans le temps et dans l’espace. Enfin, il aborda l’espace comme lieu de mémoire, en liant personnages illustres et mémoire littéraire. Cette présentation eu notamment pour objet de démontrer l’importante portée historique et géographique de ce texte.

Arnaud Bertrand : Nouvelles approches pour l’étude de la commanderie impériale de Dunhuang sous les Han antérieurs (Dir. Eric Trombert, EPHE)

Au début des années 1990, les archéologues chinois du centre archéologique du Gansu ont fait la découverte d’un site connu sous le nom de « Xuanquan » dans les manuscrits sur bois de la dynastie des Han. Situé entre les villes de Dunhuang et de Guazhou dans la partie occidentale de la région actuelle du Gansu, ce site, fondé sous les dynasties des Han antérieurs dans le cadre de l’expansion chinois dans le nord-ouest, servait de relais postal dans la commanderie impériale de Dunhuang. Lors de sa fouille, les archéologues ont mis au jour plus de 40.000 documents administratifs qui renseignent sur la vie quotidienne des soldats et civils officiants aux frontières occidentales de l’empire des Han. Au sein de ce riche corpus, un document rédigé sur une lamelle de bois, contient la date de 111 av. J.-C ce qui en fait le plus ancien manuscrit découvert dans la région du Gansu. Il sera dès lors utilisé par la communauté scientifique pour dater le site et plus largement pour attester de la fondation de Dunhuang comme commanderie impériale. Une nouvelle analyse de ce document permet de remettre en cause la datation.

3ème SESSION : RELIGION ET FUNERAIRE EN ASIE

Emanuela Garatti : Le destin d’une famille : La descendance du ministre tibétain Mgar à travers les inscriptions funéraires chinoises (墓誌銘) (Dir. Pierre Marsone, EPHE)

Les sources tibétaines et chinoises racontent qu’en 698 l’empereur tibétain Khri ’Dus-srong (r. 686-704 de notre ère) décida de mettre fin à l’hégémonie de la famille Mgar, descendante de Mgar Stong-btsan Yul-bzung (?-667), célèbre ministre de l’empereur Srong-btsan Sgam-po et qui régnait de facto sur la partie orientale de l’Empire tibétain. Afin d’échapper à cette épuration, alors que certains membres de la famille Mgar se suicidaient, une autre branche du clan se réfugiait en Chine, à la cour de Wu Zetian. Ainsi, se termine, dit-on, l’histoire de l’une des plus grandes familles de l’histoire impériale tibétaine ; mais qu’en-est-il de ceux qui cherchèrent asile en Chine et de leur postérité ? Dans cette étude prosopographique préliminaire, grâce à la lecture des inscriptions funéraires de quatre d’entre eux, on peut tracer l’histoire de la famille Mgar jusqu’à la première moitié du IXème siècle. A travers l’analyse du vocabulaire choisi dans les inscriptions funéraires, des mariages avec des membres de l’aristocratie chinoise ou de l’obtention de charges officielles, il est possible de voir comment cette famille a évolué et prospéré à travers la dynastie Tang.

Marianna Zanetta : Les morts inquiets et les chamanes aveugles du Japon (The Angry Death and the blind shamans of Japan) (Dir. Alain Rocher, EPHE)

Nous pouvons encore rencontrer de nos jours, dans le nord-ouest de l’archipel japonais, les ultimes représentantes d’une forme très particulière de chamanisme : les itako, ou chamanes aveugles. Les activités de ces femmes représentent sans conteste un aspect caractéristique du « chamanisme » au Japon. Le choix qu’elles font de leur activité chamanique résulte directement de leur infirmité physique. Leur spécialité consiste à communiquer de façon préférentielle avec cette catégorie de morts que j’appellerai les « morts inquiets » : les âmes exilées coupées de la société des ancêtres, qui ne trouvent pas la paix et qui représentent une menace pour les vivants. Le devoir des chamanes est donc de mettre les « morts inquiets » en communication avec les vivants et de les réconcilier avec eux, car elles sont habilitées à exaucer leurs demandes. Une approche sociologique de ces femmes permet de mieux comprendre le message qu’elles véhiculent. Des recherches postérieures porteront sur l’origine de ces « chamanes » au Japon et leurs liens avec le Bouddhisme Zen.

Anne Dalles : Les broderies nanaïes : de la transmission de la tradition aux broderies protectrices (Bassin de l’Amour, Sibérie) (Dir. Alain Rocher, EPHE)

La particularité des broderies nanaïes se retrouve dans l’ethnographie depuis le 19e siècle, sur des objets anciens dans les musées, et dans les discours locaux. L’analyse comparative de ces données permet d’aborder la question des pratiques culturelles et artistiques chez les Nanaïs, suite aux transformations apportées par les années soviétiques. Lié à la pratique ancienne des broderies protectrices, broder offre la possibilité d’une pratique chamanique alternative et sans danger. La brodeuse, héritant son savoir-faire de sa mère, deviendrait alors “magicienne”. Le changement graduel de mode de subsistance traditionnel de chasse et pêche vers une économie mixte a modifié considérablement les systèmes d’échanges intra-, inter- et extra-ethniques. Cependant, l’utilisation des représentations brodées s’inscrit dans des pratiques d’échange et de production anciennes (foires, commerce, etc.). L’utilisation aujourd’hui de ces créations artistiques, dans un contexte d’exposition d’identité culturelle, en fait un support omniprésent. En l’absence de chamane aujourd’hui, les broderies nanaïes peuvent permettre de palier à ce manque, et permettent aussi d’analyser la place des femmes, les échanges culturels anciens et la représentation culturelle actuelle.