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Économie du bouddhisme dans l’Asie intérieure médiévale

publié le

Responsables : Étienne de la Vaissière (EHESS, CETOBAC), Éric Trombert (CNRS)

Membres titulaires : Costantino Moretti (EPHE)
Membres associés : Pénélope Riboud (INALCO)
Post-Doctorants : C.J. Ching (Post-doctorante Marie Curie à la Berlin-Brandenburgischen Akademie der Wissenschaften, BBAW)
Collaborateurs : D. Durkin-Meisterernst (Turfanforschung, Berlin-Brandenburgischen Akademie der Wissenschaften, BBAW), Nicolas Engel (Musée Cernuschi)

Institutions partenaires : Centre d’Études Turques, Ottomanes, Balkaniques et d’Asie Centrale (CNRS-EHESS), Centre de Recherches sur les Civilisations de l’Asie Orientale (CNRS-EPHE-Paris 7-Collège de France), Centre Turfanforschung de la Berlin-Brandenburgischen Akademie der Wissenschaften

Les travaux de G. Schopen ont profondément renouvelé nos connaissances et surtout notre compréhension du fonctionnement de l’économie bouddhique dans l’Inde de l’Antiquité et du Haut Moyen-Âge. Travaillant à partir de sources indiennes, mais aussi tibétaines et chinoises, il a modifié notre compréhension des vinaya, des règles monastiques, des différentes écoles du bouddhisme par des ouvrages comme Buddhist Monks and Business Matters (2004) ou Figments And Fragments of Mahayana Buddhism in India (2005). Il a notamment attiré l’attention sur la casuistique présidant à la gestion des « biens lourds » (terres, moyens de paiements…) en fonction des différentes écoles de pensée : gestion directe par les moines des biens de la communauté, voire de leurs biens propres, intervention de délégués laïcs, etc. Cette casuistique a d’importantes conséquences sur les économies et les hiérarchies locales, en fonction des écoles représentées.
Il s’agirait dans le cadre de ce projet d’atelier d’étendre ces progrès à la documentation centre-asiatique en profitant de l’abondance des sources nouvelles pour l’histoire économique du bouddhisme dans ces régions et que G. Schopen n’a pas exploitées. L’ensemble se veut un hommage au livre de J. Gernet, Les aspects économiques du bouddhisme dans la société chinoise du Ve au Xe siècle (1956) qui peut maintenant être repris et développé grâce à cette nouvelle documentation.
En effet, des progrès importants ont été faits, principalement à partir des documents de Dunhuang et de Turfan, dans l’analyse concrète des comportements des acteurs des monastères bouddhiques dans les oasis de l’Asie centrale sinisée. La trentaine de milliers de fragments de textes retrouvés dans les tombes des cimetières de Turfan et publiés progressivement depuis les années 1980 se sont révélés décisifs en complétant pour une période antérieure le fonds de Dnhuang. La thèse récente de Mlle Ching Chao-Jung (Recherches sur les documents séculiers en tokharien : Économie bouddhique et société dans la région de Kucha, EPHE, 2010, jury composé de G.-J. Pinault (directeur de thèse), D. Durkin-Meisterernst, O. Hackstein, É. de la Vaissière, G. Schopen, É. Trombert, G. Zhang), combinant les textes de Turfan, Dunhuang, Koutcha et Khotan, a montré tout l’intérêt qu’il y avait à combiner ces recherches pour ces oasis sinisés de l’Asie centrale, pour les périodes couverts à des titres divers par notre documentation, soit les Ve-XIIIe siècles. Ce projet d’atelier est né de la lecture de ce remarquable travail de recherche.
De nombreux travaux chinois et japonais ont par ailleurs porté sur le statut des moines dans les sociétés des oasis et plusieurs chercheurs du CRCAO travaillent sur ces questions. À Khotan, les sources tibétaines témoignent également du rôle, vrai ou prétendu, du bouddhisme dans le développement de l’agriculture et de l’irrigation, en un schéma que l’archéologie permet de retrouver plus au nord, à Koutcha.
Plus à l’ouest la Bactriane, et notamment l’ensemble du Nawbahar décrit par Xuanzang comme le plus grand monastère bouddhique au nord des montagnes, apparaît comme une étape fondamentale dans la diffusion de certaines pratiques et a fait l’objet de plusieurs recherches récentes. Les moines semblent au VIIe siècle contrôler l’ensemble des terres et du réseau d’irrigation de l’oasis de Bactres. L’archéologie montrent qu’ils en profitent pour rebâtir de gigantesques monastères aux formes inconnus jusqu’alors dans le monde bouddhiste, juste avant l’invasion arabe.
Plus au sud, dans la région du Logar, la fouille du monastère de Mes Aynak en Afghanistan a montré une communauté bouddhique contrôlant une mine de cuivre, la plus grande de l’actuel Afghanistan, apportant un nouvel éclairage, totalement inattendu, à la question de l’économie bouddhique, mais qui permet de mieux éclairer certaines données indiennes.
Il s’agirait donc d’organiser un groupe de travail avec de nombreux jeunes chercheurs autour de ces thèmes en tentant de traiter la « chaîne bouddhique » dans son ensemble, telle qu’elle est unifiée par la diffusion des divers vinaya et diversifiée par les cultures locales, créer un lieu de discussion autour de ces thèmes qui permettrait la coopération de chercheurs venus d’horizons très divers : sinologues, turcologues, iranologues spécialistes du bouddhisme, historiens de l’économie ancienne, archéologues. Seule la conjonction de tous ces profils permettra de faire progresser la problématique.

Calendrier

En pratique, nous pensons organiser en 2014 des séminaires réguliers, mensuels, à Paris ou Berlin, centrés sur deux ou trois interventions thématiquement cohérentes. La première séance aura lieu au mois le 16 juin 2014 autour de la question des mines et de l’agriculture dans l’économie monastique au Xinjiang et en Afghanistan.