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Modernité et dépendance dans la sphère asiatique : les industries culturelles coloniales du Japon en question (1901-1945)

publié le , mis à jour le

Responsables : Claude HAMON (UPD), Midori HIROSE (UPD)

Membres titulaires : Anne GOSSOT
Collaborateurs : Michael BASKETT (Kansas U.), Anne KERLAN (IHTP, EHESS - CNRS)
Dans la première moitié du vingtième siècle, les industries culturelles japonaises se sont organisées concomitamment à la création d’un empire autour de l’île de Taiwan, de la Corée, et bientôt de la Mandchourie. Avec le développement du microsillon, du graphisme publicitaire, des revues, du cinématographe, des expositions industrielles et coloniales, des échanges croisés se sont institués entre l’archipel japonais et le continent asiatique. Ce jeu de miroirs entre dominants et dominés a pris un certain relief dans les rapports sino-japonais au travers de l’expérience du nord-est chinois, vu la taille du marché concerné.

Notamment, c’est ainsi que l’infrastructure cinématographique dans le Mandchoukouo sous occupation japonaise prit son essor avec la fondation en août 1937 de l’Association du Film de Mandchourie (Man.ei), société anonyme au capital de 5 millions de yens, répartis à parts égales entre le gouvernement du Mandchoukouo et le grand conglomérat industriel Mantetsu, dont les activités étaient extrêmement variées. En tant qu’« entreprise de politique nationale » (kokusaku gaisha), Man.ei produisit plus de 600 films de 1938 à 1945, allant du genre documentaire aux films dramatiques et d’action, ce qui en fit le principal studio sur le continent asiatique, rivalisant avec Tôkyô et Hollywood, bien qu’à moindre échelle. Le premier but de l’association était de légitimer l’occupation japonaise en Chine au moyen de la propagande, comme cela avait été le cas à Taiwan et en Corée. Cependant, le caractère de divertissement de la majorité des oeuvres projetées fut de fait un obstacle à la réalisation de ces ambitions. Cela tenait sans nul doute à la personnalité de son dirigeant, Amakasu Masahiko qui, bien qu’autoritaire, s’assura les services d’opposants et de dissidents, dont la présence au Japon était malvenue, et que l’on retrouvait aussi dans les services de Mantetsu.

Dans le cadre de ce projet, on examinera la politique des industries de la culture et du divertissement menée par le Japon en Chine (1931-1945), en tant que gestion de marchés semi-coloniaux de Mandchourie et de Shanghai, étendue aux territoires occupés du Sud-est asiatique. L’accent sera aussi porté sur les expériences antérieures de Taiwan et de Corée, et sur les options de la Chine nationaliste, au travers des arts du spectacle concernés (cinéma, théâtre, chansons, etc.). Enfin, de manière expérimentale et plurielle, on explorera le thème des expositions asiatiques tenues au Japon au cours de ces décennies d’avant-guerre, en tant que spectacle des transferts artisanaux, industriels et culturels de technologies à base occidentale que l’Empire japonais mit en oeuvre.

Actions prévues :

- Colloque international à l’Université Paris Diderot en 2016
- Publication ultérieure d’un ouvrage collectif