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La gouvernance des situations de crise au Japon et son impact sur la société japonaise

publié le , mis à jour le

Responsable : Eric Seizelet (UPD)

Membres titulaires : Paul Jobin (UPD), David-Antoine Malinas (UPD)
Membres associés : Guibourg Delamotte (INALCO), Yatabe Kazuhiko (UPD)

Descriptif du programme et objectifs

Le thème de la gouvernance des situations de crise, kiki kanri, a longtemps été tabou. Pour des raisons historiques et politiques. D’une part elle impliquait une mise entre parenthèse de l’ordre constitutionnel prévu dans le cadre de la charte de Meiji et, à ce titre, les nouvelles institutions démocratiques mises en place en 1947 avaient exclu, par principe, tout dispositif, même gradué, de traitement des situations d’exception. D’autre part, dans le cadre du "système de 1955", gojûgonen taisei, la gauche japonaise, les intellectuels et les médias se sont montrés particulièrement vigilants pour étouffer dans l’œuf toute réflexion globale sur la question jugée, par principe, contraire aux libertés constitutionnelles car impliquant une limitation de la circulation des biens et des personnes, du droit de propriété et de plus larges pouvoirs accordés aux forces de sécurité, à une époque où la légitimité même des forces d’autodéfense, la jieitai, était contestée par une partie de l’opinion et de la classe politique. Du coup, les initiatives secrètes de l’agence de défense de 1963 et rendues publiques en 1965, celles, officielles, du Cabinet Fukuda Takeo en 1978, et du gouvernement Nakasone en 1984 n’avaient pu aboutir, non que le PLD au pouvoir ait été privé de la majorité politique nécessaire pour imposer ses vues à la Diète, mais parce que la charge émotionnelle propre à l’évocation même des situations d’exception, ne permettait pas d’assurer le fonctionnement satisfaisant du "bipartisme inégalitaire" dont le PLD et le PSJ étaient alors les principaux bénéficiaires et gestionnaires.

En conséquence, si les élites politiques étaient conscientes de failles que comportait l’absence de traitement des situations de crise, comme en témoigne le grand nombre de rapports et d’études sur la question, le statu quo a longtemps prévalu, soit que l’opposition se soit accommodé de ces failles qui garantissaient d’une certaine façon la survie de l’ordre démocratique de l’après-guerre, soit que le PLD, majoritaire, ait estimé qu’il n’avait pas politiquement intérêt à faire le jeu de l’opposition et à alerter l’opinion en agitant sous leurs yeux le "chiffon rouge" des situations d’exception. Du coup, sans renoncer à leur objectif, les gouvernements conservateurs ont déployé une triple stratégie : 1) "déminer" la charge émotionnelle attachée aux situations de crise en en faisant non plus seulement un enjeu de "défense nationale", kokubô, stricto sensu, mais de "sécurité", anzen, concept plus inclusif et global, dont la "défense" n’est que l’un des aspects ; 2) démilitariser la gestion des crises en lui substituant partiellement, au niveau du discours politique du moins, celui de "gestion des risques" ; 3) compartimentaliser ces risques afin de rendre les politiques publiques de réduction de ces risques - naturels, sismiques, industriels - socialement plus acceptables ; 3) profiter de l’évolution du contexte intérieur et extérieur pour "remilitariser" la gestion des crises, du fait d’une part de la recomposition du paysage politique nippon qui s’est soldée par la marginalisation des forces les plus hostiles à une réglementation du temps de crise et, d’autre part, par l’identification de nouvelles menaces, balistiques et terroristes, notamment, appelant une réponse appropriée des pouvoirs publics dans le cadre d’une politique de "protection des populations", kokumin hogo.

La recherche poursuivra les buts suivants :
1) Le décryptage sur le plan historique les différentes phases d’évolution de la notion même de gestion des crises.
2)L’étude des dispositifs juridiques de traitement des situations de crise, des structures de décision et de leur évaluation critique. 3) La mise en pratique des mécanismes de gouvernance des situations de crise à travers des études de cas :
- Les réponses gouvernementale aux situations de crise : hypertrophie du pouvoir exécutif et affaiblissement des structures de contrôle.
- L’articulation entre le centre et la périphérie en ce qui concerne le traitement des crises dans les zones affectées.
- La communication et l’information de crise à la fois comme outils d’aide à la décision et mode de gestion des populations.
- L’impact sur les populations concernées : perception de la gestion des crises, crédibilité des acteurs impliqués, ressorts psychologiques et émotionnels.
- Le rôle des forces d’auto-défense : leurs missions en matière de gestion des crises ; relations avec la population ; réalités du principe de "prépondérance civile", bunmin tôsei, à l’épreuve de la crise.
3) La place de ces dispositifs de gestion des crises dans le système de sécurité nippo-américain : diagnostic et évaluation partagée du risque, système de commandement intégré, rationalisation de la riposte en fonction de l’identification de la menace, du degré d’interopérabilité des systèmes d’armement, de communication et d’information.

Calendrier

Ce programme débutera à l’automne 2014 par un séminaire mensuel dédié qui mettrait en perspective les approches différenciées de la gestion des crises, en Occident et au Japon. Il comportera également des journées d’études axées plus particulièrement sur des retours d’expérience, de compréhension et de confrontation des situations de crise par les acteurs impliqués.