CNRS

Rechercher




Accueil > Fiches Programmes > Programmes Chine

Les éditions impériales sous la dynastie mandchoue des Qing

publié le , mis à jour le

Responsables : Nathalie Monnet (BnF) et Françoise Wang-Toutain (CNRS)

Collaborateurs : Vladimir Uspenskyi (Université de Saint Pétersbourg), Oliver Kapolnas (Hongrie) (doctorant, sous la direction de Tatiana Pang), Weng Lianxi (Musée du Palais, Pékin)

Ce projet a pour objet de recherche les éditions impériales produites dans la première moitié de la dynastie des Qing (1644-1911), c’est à dire jusqu’au milieu du XIXe siècle. Dépourvues du prestige dont bénéficient les éditions d’époques plus anciennes, émanant d’un pouvoir étatique, et à ce titre, considérées à tort comme d’intérêt moindre, et produites non par des Chinois mais par des Mandchous qui contrôlaient la Chine jusqu’en 1911, ces ouvrages ont longtemps été négligés. Ils ne font que depuis peu de temps l’objet d’études plus systématiques. Notre projet s’inscrit donc dans un mouvement de recherche novateur notamment en Chine et de façon plus limitée aux Etats Unis.

Depuis le début de l’année 2014, Nathalie Monnet (BnF) et Françoise Wang-Toutain (CNRS) élaborent une traduction commentée du texte introductif du Recueil du sens des mots traduits corrigé par l’empereur (Yuzhi Fanyi mingyi ji zheng’e 御製翻譯名義集正訛). Ce travail, mené à partir d’un exemplaire de cette édition quadrilingue du règne de Qianlong (r.1736-1796) conservé à Saint Pétersbourg, devrait être publié à l’automne 2015. La lecture du Mémoire amendé de la restauration du temple de Guanyin par Cheng Minzheng, sous l’égide impériale (Yuzhi Cheng Minzheng chongxiu Guanyinsi ji ding’e 御製程敏政重修觀音寺記訂訛) débutera au mois de février 2015. Il s’agit également d’un écrit de l’empereur Qianlong dont la spécificité est d’avoir été gravé sur jade, et dont l’exemplaire unique est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
Ces deux textes ont en commun d’être des notes écrites par Qianlong lui-même. Ils expriment directement la pensée de l’empereur sur des points historiques ou linguistiques précis qui mettent en lumière son dirigisme intellectuel. Une étude systématique de ces préfaces ou notes préliminaires n’a jamais été entreprise. Cela constituera le premier volet de ce projet portant sur les éditions impériales.
Il existe déjà quelques inventaires ou catalogues des fonds d’éditions impériales en Chine, mais pas encore en Europe. Il conviendra d’en établir un pour la France, fondé sur les ressources des bibliothèques, principalement de la BnF, complété par les fonds du musée Guimet, de l’IHEC, de l’EFEO, etc.
Mais pour mener à bien nos recherches sur les « préfaces », nous avons besoin d’établir de nouveaux outils de travail, notamment d’établir un classement des éditions impériales en fonction des divers ajouts textuels qui introduisent ou accompagnent le texte principal, à savoir les préfaces, colophons, édits impériaux concernant leur rédaction, listes des membres du comité éditorial, notes, etc. Ce premier classement nous permettra de réfléchir ensuite à la nature de ces « préfaces », au lien qu’elles entretiennent avec le texte principal et aux informations qu’elles rendent publiques.
Parmi les différentes thématiques, nous avons choisi de nous intéresser d’abord à ce qui dans ces textes marque la volonté de contrôler le savoir, un trait récurrent dans la production éditoriale des premiers empereurs de la dynastie Qing. Cette volonté obsessionnelle est aussi l’une des raisons d’être de l’existence florissante des Presses installées au cœur de la Cité interdite.
La recherche sera ensuite approfondie par l’étude de documents de natures diverses qui permettra de mener un travail plus global sur les thématiques suivantes :
Nature des éditions impériales. 
Nous essaierons de déterminer la nature des ouvrages choisis pour être édités dans les ateliers de la cour, en établissant des grandes catégories et en les analysant par périodes, afin de révéler des tendances et des évolutions voulues et imposées par l’Etat Qing à des moments particuliers de son histoire.

Problèmes autour du multilinguisme
Notre étude des éditions ne se limite pas aux seuls textes en chinois mais s’attache, contrairement aux travaux menés actuellement en Chine, à concevoir la production impériale dans sa globalité linguistique. C’est pour mener à bien cette partie du projet qu’un effort particulier sera fait pour réunir les compétences de chercheurs internationaux aux spécialités linguistiques complémentaires : chinois, tibétain, mandchou et mongol.
Nous nous attacherons plus particulièrement à essayer de déterminer les critères et les spécificités des textes choisis pour la publication, soit uniquement en chinois, soit en d’autres langues ou encore en versions multilingues. Dans l’étude des éditions multilingues, nous nous pencherons notamment sur les problèmes de traduction (détermination du texte source, fidélité au texte ou discours divergents, intentionnels ou non) dans le cadre de ce patronage impérial. Nous étudierons la nature et la composition des comités d’édition chargés de ces projets. Ces approches nous amèneront à nous pencher sur l’usage politique de ces textes diffusés à travers un empire multi ethnique ainsi que sur leur orientation religieuse, scientifique, éducative, etc.

Rôle de l’empereur et d’autres acteurs à la cour. 
Nous essaierons de déterminer dans quelle mesure les empereurs mandchous (et plus particulièrement lesquels et à quelles périodes de leur vie) exercèrent une véritable activité d’éditeurs en intervenant personnellement dans le choix des ouvrages et jusque dans leur mise en forme, supervisant toutes les étapes de leur réalisation et de leur diffusion. Nous essaierons également de mesurer la place des membres de la famille impériale, et des hauts fonctionnaires très proches des empereurs, qui ont été associés à cette activité de patronage impérial. 
Cette recherche s’appuiera essentiellement sur l’analyse des textes liminaires faisant office de préfaces couplée aux biographies de ces personnages.

Matérialité. 
Le corpus des éditions impériales se détache très nettement des éditions commerciales ou privées de même époque. Pour en caractériser les spécificités, nous nous attacherons à classifier les supports utilisés (qualité des papier ou d’autres supports comme par exemple le jade), à examiner leur présentation (reliures, mode conditionnement, etc.), à déterminer si possible la provenance des matériaux et à évaluer le coût de production. La recherche, notamment codicologique, portera sur l’étude de la mise en forme des publications, en observant, entre autres, la mise en page, les repères en zone de marge, les dimensions des ouvrages, etc.

Processus de production, de stockage et de distribution. 
Dans cet axe, nous essaierons d’évaluer l’impact de cette production sur la société en s’intéressant au montant des tirages originaux et en catégorisant les publics qui pouvaient en bénéficier, et dans quelles circonstances. On abordera notamment la place de ces éditions dans le système des faveurs impériales, dans l’attribution de cadeaux diplomatiques ou institutionnels, ainsi que leur usage interne au sein de la cour. Nous essaierons en outre de définir les modalités de conservation des planches xylographiques utilisées pour ces éditions mais également des moyens mis en œuvre pour le stockage des exemplaires issus des ateliers impériaux. Nous nous pencherons également sur le problème des « regravures », un sujet négligé parce qu’il concerne des exemplaires moins prestigieux, mais qui apporte des indications précieuses sur la diffusion réelle du discours impérial au sein de l’empire chinois. Nous examinerons leurs modalités nouvelles de production ainsi que le lectorat élargi atteint par ces rééditions.


Comparaison avec d’autres productions issues du patronage impérial. 
Cette recherche pourra être complétée ultérieurement par des études sur les autres modes de la production textuelle issues du patronage impérial, en chinois ou en d’autres langues, adaptée à d’autres supports que le papier, tels que les stèles et dalles de pierre, les panneaux muraux en bois, les plaques de jade, les textiles tissés ou calligraphiés, les pièces en céramique, et, de façon générale, toutes sortes d’inscriptions ajoutées sur les objets conservés dans la collection impériale.

Afin de donner une ampleur internationale à ce travail, des journées d’études seront organisées au printemps 2015.