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La mort à Dunhuang et en Asie centrale : culture matérielle, discours et pratiques rituelles (IVe-XIe s.)

publié le , mis à jour le

Responsable : Pénélope Riboud (INALCO, ASIEs)

Membres titulaires : Jean-Pierre Drège (EPHE), Sylvie Hureau (EPHE), Christine Mollier (CNRS), Costantino Moretti (EPHE), Eric Trombert (CNRS), Françoise Wang-Toutain (CNRS).
Membres associés : Catherine Despeux (INALCO), Nathalie Monnet (BNF), Pénélope Riboud (INALCO), Kuo Li-ying (EFEO)
Doctorants : Arnaud Bertrand, Henriette Deleuze, Diane Zhang-Goldberg
Institutions étrangères participantes  : l’Académie de Dunhuang

Présentation du projet :

Si les rites funéraires dans l’antiquité ont fait l’objet d’innombrables études et publications, tant au niveau du discours sur la mort que de l’aménagement de l’espace funéraire, le haut Moyen-âge chinois (220-589) et les périodes des Sui et des Tang (589-907) demeurent en revanche largement inexplorés. Pourtant, les profondes transformations sociales, économiques, politiques et religieuses qui caractérisent cette période portent à s’interroger sur l’évolution des discours et des attitudes, individuelles ou collectives, face à la mort. Les développements polymorphes du bouddhisme et du taoïsme aboutirent par exemple à une redéfinition du paysage eschatologique et des comportements rituels. L’instabilité politique et la coexistence de peuples aux origines ethniques diverses conduisirent par ailleurs à redéfinir les critères d’appartenance à l’élite sociale. Or l’Asie centrale sinisée, par sa complexe stratification culturelle et par l’abondance de la documentation qui y a été découverte, constitue un terrain d’exploration privilégié.
L’objectif du projet est de parvenir à une meilleure compréhension des relations qu’entretiennent discours sur la mort (écrit, oral ou imagé) et pratiques mortuaires au sein d’environnements qui témoignent de pluralismes à la fois culturels et religieux. La promiscuité unique de sépultures, de textes liturgiques ou canoniques, d’objets rituels, et d’images en rapport avec la mort sur les sites de Dunhuang et de Turfan a conduit les chercheurs réunis autour de ce projet, issus d’horizons disciplinaires variés, à se livrer à une analyse commune des diverses étapes qui jalonnent le rapport d’un individu ou d’un groupe social avec son destin post-mortem. Leurs enquêtes s’organiseront autour de trois thèmes principaux :

• La dimension symbolique et rituelle de l’écrit dans l’espace funéraire : Pourquoi trouve-t-on des textes religieux dans les tombes ? Qu’apprennent-ils sur l’univers dans lequel se projette un individu après sa mort ? Que révèlent-ils du programme rituel spécifique à chaque religion pour accompagner un mort, ou d’éventuelles adaptations ? Les études regroupées dans cet axe thématique partiront de documents écrits (manuscrits, inscriptions et talismans) disposés dans les tombes et viseront à mettre en valeur leur fonction spécifique au sein de cet espace funéraire, en les confrontant à d’autre types d’objets funéraires ainsi qu’à des articles similaires découverts en Chine centrale.

• la mort et sa dimension d’exemplarité : Comment différentes formes de représentations de la mort et du mort, à la fois écrites, orales et imagées, furent-elles instrumentalisées à des fins pédagogiques ou d’édification morale ? Les participants à cet axe de recherche s’interrogeront aussi bien sur la portée didactique d’une récitation mantique ou d’une représentation des enfers, que sur la visée morale et édifiante d’un éloge funéraire ou du récit de la mort d’un moine dans sa biographie.

• les enjeux économiques et sociaux des rites mortuaires : Quel était le poids économique des funérailles ? Existait-il en Asie centrale sinisée des catégories sociales spécifiques aux rites funéraires ? Quel type d’organisation sociale un cimetière trahit-il ? Il s’agira à la fois d’examiner la cohérence interne de chaque tombe, mais également les dynamiques d’organisation des sépultures les unes vis à vis des autres au sein du cimetière à l’aune de critères économiques, et socio-culturels. Par ailleurs, une enquête sera menée sur les catégories sociales impliquées dans les rites funéraires, pour déterminer par exemple si le contact avec la mort stigmatisait certaines catégories sociales, mais également pour mettre en lien les objets mis au jour dans les tombes avec les artisans qui les fabriquaient. L’examen de ces questions reposera aussi bien sur l’analyse de la documentation archéologique mise au jour dans les cimetières d’Asie centrale que sur les sources écrites (documents économiques et juridiques) découvertes à Dunhuang et à Turfan.
Plusieurs activités, qui donneront lieu à une publication collective, seront organisées autour du projet : des séminaires dans lesquels interviendront des membres du projet comme des invités extérieurs, des ateliers de traduction de manuscrits en relation avec les thèmes abordés ainsi qu’un colloque.