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Histoire sociale des sociétés tibétaines

publié le , mis à jour le

ANR-DFG Programme SHTS : Histoire sociale des sociétés tibétaines, mars 2012-février 2016

Document tibétain des archives d’une communauté au Mustang, Népal.
Daté de 1887, le document, qui porte les signatures ou sceaux de tous les représentants de la communauté, est une résolution visant à résister à l’imposition de taxes plus élevées par le souverain local et à indemniser les individus dont les biens sont confisqués par les hommes de main du souverain. (Photo Charles Ramble, 2011)

Site internet : http://www.tibetanhistory.net

Une histoire inédite de la société tibétaine à Lhasa, dans l’Himalaya et les régions frontalières chinoises du XVIIe au XXe siècles

En collaboration avec l’université de Bonn, une équipe multinationale de chercheurs basée en France utilisera des ressources jusqu’ici inexploitées pour obtenir une compréhension plus claire de la société tibétaine sur une période historique de trois siècles.

Au-delà du mythe : dévoiler la réalité des « populations sans histoire » au Tibet

L’histoire des petites principautés situées dans le « Tibet ethnographique » et celle des relations qu’elles ont entretenues entre elles et avec les pouvoirs politiques plus importants mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçue jusqu’à présent : non seulement pour comprendre comment la société fonctionnait à une petite échelle, mais aussi parce qu’une image bien plus riche de l’ensemble peut ressortir d’études détaillées des parties qui le composent. Pour de nombreux auteurs, le point de vue resserré de l’ « histoire d’en bas » se justifie de lui-même, dans la mesure où l’intérêt porté au niveau local pour les « gens sans histoire » constitue un sujet légitime d’étude pour l’historien. Lorsqu’on appose ces observations à un niveau local à la perspective du centre, elles sont d’une importance significative dans la composition du tableau d’ensemble. Le projet examinera des groupes sociaux particuliers et des institutions comme la famille et la maisonnée, l’organisation du village, l’économie du servage, les artisans, les marchands, les élites aristocratiques et ecclésiastiques, les systèmes légaux, les cours de justice, etc. Les régions étudiées sont le Tibet central, la périphérie nord-est, la ceinture himalayenne et l’administration Qing basée à Pékin.

Une approche multidisciplinaire : combiner l’analyse textuelle et l’enquête ethnographique

La méthode principale utilisée sera l’analyse textuelle des collections d’archives tibétaines déjà photographiées au Tibet, au Népal et en Inde. De nouveaux matériaux ont été découverts, qui seront également photographiés sur support digital, tandis que les microfilms existant seront scannés. Les textes seront translitérés en écriture romane, édités et traduits. Des commentaires seront fournis pour chaque document, et des index syllabiques pour chaque collection ; des indices de ce type permettront de voir chaque syllabe dans son contexte et seront obtenus à l’aide du logiciel Concordance. Comme la majeure partie de la terminologie rencontrée dans cette littérature n’apparaît pas dans les dictionnaires existant, le projet développera un lexique à l’aide des logiciels TshwaneLex et TshwaneDJe. Toutes les sources primaires dépouillées seront rendues disponibles à la fois dans des volumes publiés et en ligne, ce qui permettra de procéder à des recherches dans le texte. En plus de l’étude de manuscrits non publiés, le projet reposera aussi sur des interviews et des biographies publiées, afin d’analyser, d’une part, les relations entre les différents types d’élites au Tibet central–celles dont le pouvoir est basé sur une forme d’influence traditionnelle, comme l’aristocratie le clergé et les lettrés, et celles dont la base du pouvoir est moderne, représentées par les élites marchandes et, d’autre part, les relations entre ces différents groupes et le gouvernement. Les personnes interviewées seront principalement les membres de ces groupes d’élites vivant encore au Tibet, ainsi que d’autres en exil. Des enquêtes anthropologiques menées sur le terrain permettront enfin d’aboutir à une compréhension plus fine des archives communautaires de l’Himalaya.

Résultats

Les résultats seront pertinents dans le cadre de discussions plus larges sur le Tibet et sa destinée au XXe siècle, dans la mesure où le projet fournira une image des sociétés tibétaines plus nuancée que celle que nous avons actuellement. Non seulement ce projet créera la ressource disponible la plus vaste qui soit pour l’étude de l’histoire sociale tibétaine, mais de plus, les membres du projet produiront des monographies et des articles consacrés à des régions choisies, des groupes sociaux et des questions thématiques plus étendues. Le but est de mettre tous les matériaux à la disponibilité de la communauté internationale de chercheurs dans des volumes imprimés et/ou sur des sites internet « cherchables ». Le statut légal du Tibet selon le droit international est une question qui ne concerne pas notre projet. Il est cependant prévu que des publications destinées à un publique plus large aident à dissiper de nombreuses idées fausses mais pourtant répandues concernant la société tibétaine, comme le caractère féodal du Tibet avant 1951, le rôle social des clercs et des nobles, des paysans, des nomades, des artisans et des marchands ; l’organisation de la société civile ; les stratégies de résolution de dispute et les nombreux systèmes légaux qui ont prévalu dans les différentes régions du Tibet.

Perspectives

Les représentations modernes de la société tibétaine avant 1959 sont diamétralement opposées : pour les défenseurs de l’ancien régime, c’était un paradis de spiritualité, tandis que la rhétorique communiste chinoise la présente comme un enfer sur terre. La divergence de présentation est possible parce que l’état actuel, limité, des connaissances permet aux parties intéressées de sélectionner des traits isolés de façon anecdotique : si on utilise l’image des aveugles et de l’éléphant, on a une idée du tronc et de la queue, mais pas de l’ensemble de l’animal. Les publications produites dans ce projet rendront plus difficile le fait de représenter faussement la situation à des fins politiques. C’est le premier projet de recherche qui porte principalement sur l’histoire sociale du Tibet ; en dépit du large volume de documentation analysé, et de la grande diversité géographique et temporelle des recherches, il reste de très nombreux matériaux non étudiés. On espère donc que ce projet sera le pionnier d’un nouveau champ d’investigation dans les études tibétaines.