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Mission archéologique franco-indienne au Ladakh (Mafil)

par Lemardelé Élise - publié le , mis à jour le

Site internet de la MAFIL (rapports annuels, articles, communications) : http://www.mafil.org/
Page Facebook de la MAFIL (actualités, photos du terrain, etc…) : [https://www.facebook.com/mafil.org/]

Fondée en 2012, la MAFIL est l’un des rares projets internationaux de coopération en archéologie sur le territoire indien. La mission bénéficie depuis sa création d’une allocation de recherche du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE) et du soutien de l’Institut Français en Inde (IFI, New Delhi). La MAFIL est la première mission ayant jamais travaillé dans la région himalayenne du Ladakh (3500 m d’altitude en moyenne). A cause des conditions environnementales et climatiques les missions sont organisées durant la période estivale. Une mission préparatoire et/ou d’étude a lieu chaque année en juin-juillet et en septembre une équipe interdisciplinaire (archéologues, archéo-anthropologues, conservateurs, architectes, topographes, etc) et internationale (une vingtaine de membres : chercheurs, ingénieurs et étudiants) se réunit pour une mission de terrain de 4 semaines.

PREMIER QUADRIENNAL : 2013-2016

La Mission Archéologique Franco-Indienne au Ladakh (MAFIL, Inde) a été fondée à l’automne 2012 par L. Bruneau (maître de conférences, EPHE/PSL) et M. Simadri Bihari Ota, alors l’un des cinq directeurs régionaux de l’Archaeological Survey of India (ASI). En 2015 et 2016 la mission était co-dirigée par Martin Vernier (chercheur associé, équipe Archéologie de l’Asie Centrale, ArScAn/UMR7041) et Tsering Phuntsog (directeur du bureau de l’ASI à Leh).
Le premier quadriennal (2013-2016) a porté sur la Nubra, la vallée la plus septentrionale du Ladakh. Cette vallée présente des vestiges nombreux et diversifiés, tant typologiquement que chronologiquement, sur une superficie restreinte. Le rôle de la vallée de la Nubra en tant que porte entre le nord-ouest du sous-continent indien et l’Asie centrale occidentale est bien attesté pour l’époque contemporaine. L’art rupestre documenté lors de prospections (2006, 2007 et 2011) a démontré que ces contacts remontent à l’Âge du Bronze. Ainsi, l’objectif du projet était de comprendre l’intensité et la continuité des contacts entre le Ladakh et l’Asie centrale en établissant une séquence chrono-culturelle de la vallée, du néolithique à la période médiévale.
En 2013, l’accent a été mis sur les aspects géomorphologiques et géophysiques des sites archéologiques de la Nubra ainsi que sur l’étude du matériel lithique et céramique. Cette dernière s’est poursuivie lors de la seconde campagne et constitue l’une des contributions majeures de la MAFIL. Lors de la campagne 2014 l’étude du site de Deskit-Ting-gang a permis d’établir une périodisation des vestiges, à savoir : des sépultures protohistoriques, une occupation post-kouchane (4e-8e siècles de n.è.) et une occupation historique tardive (14e-15e siècles). La localisation et la typologie de surface des tombes ainsi que leur proximité avec des gravures exécutées dans le style animalier laissent penser qu’elles sont liées aux cultures steppiques de l’Âge du Bronze et/ou de l’Âge du Fer. Enfin, l’identification de tessons présentant des correspondances avec des céramiques découvertes à Barikot (Swāt, Pakistan) ou en Bactriane orientale et datées entre la fin de la période kouchane, la période post-kouchane et la fin du Haut-Moyen Âge, c’est-à-dire entre le 4e et le 8e siècle de notre ère permet, pour la première fois et pour l’ensemble du Ladakh, de proposer une datation du 1er millénaire pour un site archéologique de cette région. Une telle datation a été confirmée par les résultats des analyses C14 obtenus en 2015 pour le site de Tirisa (5e-9e siècles de n.è.). Ces résultats ont une portée historique qui dépasse largement le cadre de la Nubra. En effet, les datations du stūpa en ruines de Tirisa sont les premières datations absolues obtenues pour un monument bouddhique au Ladakh et permettent pour la première fois, et ce de manière irréfutable, d’affirmer que le Bouddhisme était présent au Ladakh bien avant le début du second millénaire.
Encouragée par ces résultats, pour la troisième campagne (2015), la mission a travaillé sur le site bouddhique de Leh Choskor, situé au nord de l’oasis de Leh, au pied du col menant à la Nubra. Les ruines de temples et de stūpa indiquent qu’il s’agissait d’un site religieux important au tournant du second millénaire. Ce site est exceptionnel pour le Ladakh car au milieu des vestiges bouddhiques subsistent de nombreuses traces d’habitat et d’aménagement (canal d’irrigation par exemple) ainsi que quelques représentations rupestres. Près de 140 structures ont été cartographiées et un ramassage systématique de la céramique a été effectué sur le site. Un sondage a été ouvert au sein de l’un des temples, mettant au jour des fragments de statuaire en argile peinte.
Lors de la dernière campagne du quadriennal (2016) des fouilles ont été menées sur le site de Leh Choskor. Trois chantiers ont été ouverts. Le chantier le plus important a concerné un temple bouddhique en terre crue qui a révélé de nombreux fragments de peintures murales et de sculptures en argile peinte mais aussi des objets votifs (en argile, métal, pierre et céramique). Les vestiges architecturaux fouillés (base de piliers, plateforme centrale) ont permis de mieux comprendre l’architecture originelle du temple. Tous ces éléments, par comparaison avec des sites préservés ailleurs en Himalaya occidental, permettent de placer le temple aux 10e-11e siècles de n.è. Plusieurs échantillons vont être soumis pour datation. Le deuxième chantier a concerné un bâtiment en pierres sèches dont les dimensions monumentales (murs et entrée) interrogent sur son utilisation possible en tant qu’habitat. Le troisième chantier concernait une structure maçonnée enterrée dont la fonction (funéraire, espace de stockage ou de cache) n’a pas pu être déterminée. A l’issue de la campagne 2016, il ne nous est pas possible de dire si l’ensemble des structures fouillées sur le site de Leh Choskor sont contemporaines les unes des autres ou si le site a connu des occupations successives.
Nous souhaitons mener, à partir de 2018, un second quadriennal entièrement consacré au site de Leh Choskor qui dispose d’un fort potentiel. Il est espéré que l’étude de ce site nous permettra de mieux comprendre les modalités d’implantation et de diffusion du Bouddhisme au Ladakh, et plus largement en Himalaya occidental.
Nous tenons à souligner le fait que les fouilles ouvertes en 2016 par la MAFIL sont les toutes premières jamais menées au Ladakh.

Principaux soutiens financiers et institutionnels pour la période 2013-2016 :
- Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International (Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger), Paris ;
- Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale, Paris ;
- Archaeological Survey of India, New Delhi ;
- Institut Français en Inde, New Delhi ;
- Programme Spécial Asie Centrale, Fondation Gerda Henkel, Düsseldorf.

Pour plus de détails, nous vous invitons à consulter le bilan du premier quadriennal téléchargeable ci-dessous ainsi que le site internet dédié au projet où vous trouverez les rapports d’activité annuels : www.mafil.org

Rapport/bilan 2013-2016







SECOND QUADRIENNAL : 2017-2020

Pour la période 2018-2020 Laurianne Bruneau (maître de conférences, EPHE, PSL, CRCAO) co-dirige la MAFIL le Prof. Vinod Nautiyal (HNB Garhwal University, Uttarakhand). Martin Vernier (chercheur associé, équipe Archéologie de l’Asie Centrale, ArScAn/UMR7041) en est le directeur adjoint.
Les activités de la MAFIL s’articulent autour de deux axes de recherches : le Bouddhisme ancien d’une part et le peuplement du Ladakh sur le temps long d’autre part.
Le premier axe concerne le Bouddhisme ancien au Ladakh avec les fouilles du site de Leh Choskor et la prospection de la vallée de Leh où se situe ce dernier. A l’exception de quelques inscriptions et sculptures rupestres, le site de Leh Choskor (3800m) constitue l’un des plus anciens témoignages du Bouddhisme au Ladakh. Après une campagne de reconnaissance en 2014 et une campagne de documentation en 2015, des fouilles ont eu lieu en 2016. L’un des trois chantiers ouverts a permis de confirmer la fonction religieuse du bâtiment central. Par comparaison avec des vestiges conservés ailleurs en Himalaya occidental (Himachal Pradesh, Inde et Région Autonome du Tibet, Chine), l’architecture du temple de Leh Choskor et les vestiges qui y ont été mis au jour (fragments de statuaires en terre crue polychromes, objets votifs, etc) constituent la première preuve matérielle des liens religieux et artistiques entre le Ladakh central et les royaumes de l’ouest tibétain (royaumes de Guge-Purang). Jusqu’à ces découvertes les liens entre le Ladakh central et ces royaumes à l’origine du renouveau du Bouddhisme indo-tibétain au début du second millénaire étaient uniquement attestés par quelques sources textuelles tardives (milieu du second millénaire de n.è.). Les résultats des analyses radiocarbone reçus en novembre 2017 permettent d’affirmer que le temple principal du site de Leh Choskor était en activité entre 969 et 1024 et qu’en moins d’un siècle le bâtiment a connu deux phases de construction, précédemment mises en évidence par le relevé architectural (2015). Les datations obtenues pour les deux autres temples en ruines de ce site permettent d’affirmer que Leh Choskor était un vaste complexe bouddhique dans la seconde moitié du 10e siècle et la première moitié du 11e siècle.
Les prochaines campagnes sur la zone archéologique de Leh Choskor, qui compte environ 140 structures réparties sur 24 hectares, permettront de mieux comprendre les modalités d’implantation et de diffusion du Bouddhisme ancien au Ladakh, et plus largement en Himalaya occidental. Un petit nombre de structures a été sélectionné pour la fouille et permettront de préciser la période de fondation du site, de son occupation et de son abandon. La fouille des différentes structures contribuera également à plusieurs thèmes de recherches, à savoir : l’étude de l’art bouddhique (architecture, sculpture et peinture) ; l’étude des rituels bouddhiques ; l’étude du système socio-économique des communautés monastiques ou encore l’étude des rites funéraires.
Parallèlement aux opérations archéologiques un projet de conservation a également été mis en place par la mission sur le site de Leh Choskor pour répondre à la demande de la Pethub Khangtsen Education Society, une organisation bouddhiste éducative locale, propriétaire du terrain. Cette dernière souhaite assurer la pérennité des vestiges et les rendre accessible au public. Un diagnostic de conservation a été réalisé par un expert CRAterre en 2017 complété par un suivi technique à l’été 2018. Une proposition de mise en valeur du site a également été présentée au propriétaire.
Les opérations archéologiques et de conservation sur le site de Leh Choskor sont indissociables et le calendrier, conçu sur une période de trois ans, sera mis en œuvre dès que toutes les conditions garantissant la bonne tenue du projet seront réunies. En effet, un rendez-vous rassemblant toutes les parties prenantes (propriétaire du site et partenaires universitaires) organisée à l’IFI en présence de la COCAC adjointe, à l’été 2018 a mis en lumière un certain nombre d’omissions dans la procédure administrative indienne. Ainsi il a été décidé d’un commun accord de repousser la mise en œuvre du projet de fouilles et de conservation à Leh Choskor jusqu’à l’obtention de tous les documents nécessaires. La reprise des opérations à Leh Choskor est prévue en 2020.
La fouille du site de Leh Choskor est intégrée à un projet de recherche plus large sur le Bouddhisme ancien au Ladakh central (financé par l’Institut Universitaire de France) qui prend en compte les autres ruines de temples, de stūpa et les stèles et bas-reliefs bouddhiques. Une mission de prospection sur certains sites bouddhiques contemporains de Leh Choskor sera donc menée dans la vallée de Leh à l’été 2019 avec pour objectif la création d’une carte archéologique pour les 10e-11e siècles. Le prochain terrain permettra également de vérifier certaines données avant la publication d’un volume présentant les résultats des campagnes de prospection de 2013 et 2014 dans la vallée de la Nubra. Ce volume collectif devrait paraître début 2020.
L’interruption momentanée des fouilles à Leh Choskor est également l’occasion pour les directeurs de la mission, côté français, de consacrer du temps à l’analyse et à la publication de l’art rupestre du Ladakh. En effet, lors des trois premières campagnes de la MAFIL (2013-2015) un peu plus de 500 pétroglyphes ont été documentés de manière systématique et sont venus complétés un vaste corpus, comptant près de 20,000 gravures réparties sur 130 sites, rassemblé par M. Vernier et L. Bruneau depuis 1996. Les pétroglyphes sont des marqueurs spatio-temporels immuables qui par leur quantité et leur variété recèlent des informations essentielles pour la compréhension de l’histoire du peuplement du Ladakh, depuis le Néolithique jusqu’à la période bouddhique ancienne (10e-11e siècle de n.è.). Pour le Ladakh, où très peu de recherches archéologiques ont été menées, l’art rupestre constitue un matériel inestimable. En 2016 la mission a été sollicitée par l’Indira Gandhi National Centre for the Arts (IGNCA), un organisme gouvernemental indien œuvrant pour la préservation du patrimoine matériel et immatériel au sein duquel un département consacré à l’art rupestre et pariétal du pays a été récemment fondé. Outre la sensibilisation des populations locales à l’importance de l’art rupestre et de sa préservation, le but de ce département est de constituer une base de données nationale pour l’art rupestre. L’IGNCA souhaiterait intégrer les données rassemblées pour le Ladakh dans sa base de données nationale. Un contrat de coopération (MoU) est en cours d’élaboration entre la MAFIL et l’IGNCA. En 2018 la mission a réalisé six semaines de travail sur l’art rupestre du Ladakh et en prévoit six autres en 2019. Les données traitées seront accessibles en ligne à l’horizon 2020 dans le cadre du projet HiRADa (Himalayan Rock Art Database). Cette base de données collaborative en libre accès a pour objectif, à moyen terme, d’inclure l’art rupestre des régions frontalières du Ladakh, notamment celle du Haut-Indus au Pakistan. En effet, le chef de mission encadre plusieurs étudiants pakistanais sur le sujet de l’art rupestre et l’un d’eux a pu bénéficier d’un financement du MEAE pour un stage de formation de trois mois en France à l’été 2018. Cet encadrement contribue également au projet international intitulé Upper Indus Petroglyphs and Inscriptions in Northern Pakistan que le chef de mission co-dirige en partenariat avec Jason Neelis (Wilfrid Laurier University, Canada) et Murtaza Taj (Lahore Univerisity of Management Sciences, Pakistan).

Principaux soutiens financiers et institutionnels pour la période 2017-2020 :
- Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (allocation de recherche pour mission archéologique à l’étranger), Paris ;
- Institut Français en Inde, New Delhi ;
- Department of History, Ancient Indian History, Culture and Archaeology, HNB Garhwal University, Uttarakhand, Inde ;
- Centre of Central Asian Studies, University of Kashmir, Srinagar, Inde ;
- Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale, Paris ;
- Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris ;
- Institut Universitaire de France, Paris.