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Mission archéologique franco-indienne au Ladakh (Mafil)

publié le , mis à jour le

Site internet de la MAFIL : http://www.mafil.org/
Page Facebook de la MAFIL : [https://www.facebook.com/mafil.org/]

La Mission Archéologique Franco-Indienne au Ladakh (MAFIL, Inde) a été fondée à l’automne 2012 par L. Bruneau (maître de conférences, EPHE, Paris) et Mr. Simadri Bihari Ota, alors l’un des cinq directeurs régionaux de l’Archaeological Survey of India (ASI). En 2015 et 2016 la mission était co-dirigée par Martin Vernier (chercheur associé, équipe Archéologie de l’Asie Centrale, ArScAn/UMR7041) et Tsering Phuntsog (directeur du bureau de l’ASI à Leh).
Le premier quadriennal (2013-2016) a porté sur la Nubra, la vallée la plus septentrionale du Ladakh. Cette vallée présente des vestiges nombreux et diversifiés, tant typologiquement que chronologiquement, sur une superficie restreinte. Le rôle de la vallée de la Nubra en tant que porte entre le nord-ouest du sous-continent indien et l’Asie centrale occidentale est bien attesté pour l’époque contemporaine. L’art rupestre documenté lors de prospections (2006, 2007 et 2011) a démontré que ces contacts remontent à l’Âge du Bronze. Ainsi, l’objectif du projet était de comprendre l’intensité et la continuité des contacts entre le Ladakh et l’Asie centrale en établissant une séquence chrono-culturelle de la vallée, du néolithique à la période médiévale.
En 2013, l’accent a été mis sur les aspects géomorphologiques et géophysiques des sites archéologiques de la Nubra ainsi que sur l’étude du matériel lithique et céramique. Cette dernière s’est poursuivie lors de la seconde campagne et constitue l’une des contributions majeure de la MAFIL. Lors de la campagne 2014 l’étude du site de Deskit-Ting-gang a permis d’établir une périodisation des vestiges, à savoir : des sépultures protohistoriques, une occupation post-kouchane (4e-8e siècles de n.è.) et une occupation historique tardive (14e-15e siècles). La localisation et la typologie de surface des tombes ainsi que leur proximité avec des gravures exécutées dans le style animalier laissent penser qu’elles sont liées aux cultures steppiques de l’Âge du Bronze et/ou de l’Âge du Fer. Enfin, l’identification de tessons présentant des correspondances avec des céramiques découvertes à Barikot (Swāt, Pakistan) ou en Bactriane orientale et datées entre la fin de la période kouchane, la période post-kouchane et la fin du Haut-Moyen Âge, c’est-à-dire entre le 4e et le 8e siècle de notre ère permet, pour la première fois et pour l’ensemble du Ladakh, de proposer une datation du 1er millénaire pour un site archéologique de cette région. Une telle datation a été confirmée par les résultats des analyses C14 obtenus en 2015 pour le site de Tirisa (5e-6e siècles de n.è.). Ces résultats ont une portée historique qui dépasse largement le cadre de la Nubra. En effet, les datations du stūpa en ruines de Tirisa sont les premières (et uniques à ce jour) datations absolues pour un monument bouddhique au Ladakh et permettent pour la première fois, et ce de manière irréfutable, d’affirmer que le Bouddhisme était présent au Ladakh bien avant le début du second millénaire.
Encouragée par ces résultats, pour la troisième campagne (2015), la mission a travaillé sur le site bouddhique de Khardong Choskor, situé au nord de l’oasis de Leh, au pied du col menant à la Nubra. Les ruines de temples et de stūpa indiquent qu’il s’agissait d’un site religieux important au tournant du second millénaire. Ce site est exceptionnel pour le Ladakh car au milieu des vestiges bouddhiques subsistent de nombreuses traces d’habitat et d’aménagement (canal d’irrigation par exemple) ainsi que quelques représentations rupestres. Près de 140 structures ont été cartographiées et un ramassage systématique de la céramique a été effectué sur le site. Un sondage a été ouvert au sein de l’un des temples, mettant au jour des fragments de statuaire en argile peinte.
Lors de la dernière campagne du quadriennal (2016) des fouilles ont été menées sur le site de Choskor. Trois chantiers ont été ouverts. Le chantier le plus important a concerné un temple bouddhique en terre crue qui a révélé de nombreux fragments de peintures murales et de sculptures en argile peinte mais aussi des objets votifs (en argile, métal, pierre et céramique). Les vestiges architecturaux fouillés (base de piliers, plateforme centrale) ont permis de mieux comprendre l’architecture originelle du temple. Tous ces éléments, par comparaison avec des sites préservés ailleurs en Himalaya occidental, permettent de placer le temple aux 10e-11e siècles de n.è. Plusieurs échantillons vont être soumis pour datation. Le deuxième chantier a concerné un bâtiment en pierres sèches dont les dimensions monumentales (murs et entrée) interrogent sur son utilisation possible en tant qu’habitat. Le troisième chantier concernait une structure maçonnée enterrée dont la fonction (funéraire, espace de stockage ou de cache) n’a pas pu être déterminée. A l’issue de la campagne 2016, il ne nous est pas possible de dire si l’ensemble des structures fouillées sur le site de Khardong Choskor sont contemporaines les unes des autres ou si le site a connu des occupations successives.
Nous souhaitons mener, à partir de 2018, un second quadriennal entièrement consacré au site de Khardong Choskor qui dispose d’un fort potentiel. Il est espéré que l’étude de ce site nous permettra de mieux comprendre les modalités d’implantation et de diffusion du Bouddhisme au Ladakh, et plus largement en Himalaya occidental, en relation avec les régions limitrophes, à savoir le Cachemire et le Xinjiang principalement.
Nous tenons à souligner le fait que les fouilles ouvertes en 2016 par la MAFIL sont les toutes premières jamais menées au Ladakh.

Principaux soutiens financiers et institutionnels :

• Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International (Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger), Paris ;
• Centre de Recherche sur les Civilisations de l’Asie orientale ;
• Archaeological Survey of India, Delhi ;
• Institut Français en Inde, New Delhi (service de coopération culturelle de l’Ambassade de France) ;
• Programme Spécial Asie Centrale, Fondation Gerda Henkel, Düsseldorf.

Pour plus de détails, nous vous invitons à consulter le bilan du premier quadriennal téléchargeable ci-dessous ainsi que le site internet dédié au projet : www.mafil.org

Rapport/bilan 2013-2016