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Pratiques trans-linguistiques : du rôle social de la traduction en Asie orientale à l’époque moderne

par Pons Philippe - publié le

Responsables : Florence Xiangyun Zhang (CRCAO/UPD), Lara Maconi (membre associée CRCAO/Centre d’Etudes Himalayennes)

Inscription disciplinaire littérature - traductologie - transdisciplinaire

Participants :

Membres titulaires

Annick Horiuchi, Cécile Sakai, Rainier Lanselle

Membres associés

Elise Pestre (MCF, UPD, études psychanalytiques), Antoine Cazé (PR, UPD, Etudes anglophones), Nicolas Froeliger (PR, UPD, EILA), Céline Wang (MCF, UPD/CESSMA)

Collaborateurs étrangers

CHENG Xiaomu (prof. Associé, Université de Beijing), Midori OGAWA (Prof. Associé, Université Tsukuba), WEI Keling (prof. Associé, Université Renmin de Chine)

***

On ne se lassera pas de rappeler l’étymologie du mot « traduire » : du latin traducere, il signifie « conduire d’un point à un autre », « faire passer ». La figure du passeur reste une métaphore vivante du traducteur, et le travail de la traduction consiste dans ce passage mobile, ce va-et-vient constant entre deux/des textes, deux/des langues, deux/des cultures, deux/des contextes sociaux. C’est aussi l’image du pont entre deux/des rives, deux/des côtés, deux/des domaines. (Deux/des : car souvent l’exclusive bipolarité de l’approche ne saurait rendre compte du long voyage translinguistique et transculturel sous-jacent le lien entre le texte-source et le texte-cyble.)
La traduction est aussi, et surtout, par définition, l’accomplissement d’un acte social, car elle implique un positionnement, une vision, un engagement ; elle ouvre des portes, traverse des frontières, établit des contacts, met en commun une œuvre, des idées, du savoir, etc. La traduction, en tant qu’elle s’inscrit dans un contexte qui est à la fois subjectif et individuel, mais aussi socio-historique et politique, n’est jamais une opération neutre. Tantôt politique ou idéologique, tantôt pragmatique ou économique, c’est un acte de société, qui implique des acteurs différents : à côté du traducteur, l’éditeur et le lecteur entrent en ligne de compte.
Au fond c’est un acte de mise en relation, de partage, linguistique, dans un premier moment, mais aussi littéraire, culturel, scientifique et pédagogique. Traduire c’est donc transmettre, mais cet acte d’ « ouverture » et de « circulation » peut aussi être subversif et révolutionnaire, puisqu’il permet de franchir les frontières, de casser les murs et de supprimer les barrières de l’exclusion. C’est ainsi que pour certains régimes totalitaires, la traduction peut représenter une menace et faire l’objet d’un contrôle immodéré, voire d’une censure.
En tant qu’elle est produite à une époque et dans un contexte donné, la traduction est aussi ce texte qui révèle la société, non seulement celle de l’œuvre originale, mais également celle où vivent le traducteur et son lecteur, la société qui produit un texte donné, et la société qui le reçoit en mettant en œuvre ainsi des mécanismes de médiation, adaptation, réception et distribution qui lui sont propre. On a pu observer comment, selon les circonstances historiques et politiques du moment, la traduction d’une œuvre allait être, modifiée, servie ou desservie par des tentatives volontaires, fortuites ou simplement inconscientes.
Si pour Bourdieu la sociologie est un « sport de combat », la traduction est le combat d’une vie pour nombreux traducteurs. Il serait intéressant de focaliser sur certains traducteurs et des traductions de certaines périodes spécifiques (Dong Leshan et les traductions « souterraines » pendant la Révolution culturelle, par exemple, pour le cas chinois) qui ont particulièrement influencé la société de leur pays. Il serait intéressant aussi d’étudier comment, aujourd’hui, certains traducteurs résistent aux dictats politiques, sociaux mais aussi commerciaux auxquels les divers contextes sociaux sont confrontés (le phénomène des traductions sur réseaux sociaux pour éviter les impératifs du marché et rendre les textes accessibles au plus grand nombre).
Dans les contextes asiatiques que nous privilégions dans ce programme, la traduction est intimement liée à la modernité. Par la traduction s’est opéré la rupture avec les traditions, la mise en cause des pouvoirs et des dogmes, et la prise de conscience de l’individu. Le projet se limite volontairement à l’« époque moderne », sans précision de dates, puisque la question de la définition de la modernité dans les divers contextes asiatiques reste une problématique complexe et cruciale, qui défie toute datation unilatérale.
L’étude de la traduction devrait être, plus que jamais, un champ ouvert à une pluralité d’approches, et plus en particulier, à une approche transversale dans l’aire culturelle de l’Asie orientale. Ce projet de recherche vise à faire émerger de nombreuses thématiques autour du rôle social de la traduction, et à y répondre par des réflexions sur des problématiques communes à la Chine, au Japon, au Tibet, mais aussi dans des pays limitrophes tels que les Corées, le Vietnam et la Mongolie :
• Inscription du social dans le texte traduit et dans la pratique de la traduction ;
• Portraits de traducteurs d’influence (leur rôle politique, social, littéraire et linguistique) ;
• Traduction entre engagement et désengagement politique et littéraire ;
• Traduction entre censeurs et censurés ;
• Traduction et propagande ;
• Traduction entre producteurs et consommateurs de la traduction ;
• Traduction en réseaux et sur réseaux.
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Ce projet s’inscrira également dans l’axe de recherche « traduction et transdisciplinarité » du Centre d’études de la traduction (CET) de l’Université Paris Diderot. Dans sa phase préparatoire, le projet a donné lieu en novembre 2016 une journée d’études intitulée « Traduire, un engagement politique ? » co-organisée avec Elise Pestre (Etudes psychanalytiques, Université Paris Diderot), réunissant chercheurs, traducteurs et éditeurs.
Séminaire mensuel/bimensuel :
- inviter des conférenciers spécialistes de certains aspects de nos thématiques de l’aire culturelle de l’Asie orientale et de la Haute Asie (VN, Mongolie, Tibet, Corées, Japon) 
- Inviter des traducteurs engagés (ex. M. Huang Canran très actif sur les réseaux sociaux pour interroger sur la motivation, le fonctionnement et la réception)
Atelier sur des thèmes cités ci-dessus, colloque international et publication (une partie en ligne, une partie en publication classique)