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Histoire sociale du Tibet

by Pons Philippe - published on

Responsables : Charles Ramble (EPHE) et Alice Travers (CNRS)

Inscription disciplinaire histoire sociale (période : histoire moderne et contemporaine/early modern and modern history)

Participants :

Membres titulaires

Charles Ramble (Directeur d’études, EPHE), Alice Travers (Chargée de recherche, CNRS)

Membres associés

Françoise Robin (PU, INALCO), Lara Maconi, Nicola Schneider

Collaborateurs étrangers

Dr. Christoph Cüppers (Lumbini International Research University, TibStat 2016-2020), MA Jeannine Bischoff (Bonn University, Allemagne, TibStat 2016-2020), Dr. Saul Mullard (Norway, TibStat 2016-2020), Pr. Fernanda Pirie (Oxford University, GB, TibStat 2016-2020), Pr. Peter Schwieger (Bonn University, Allemagne, TibStat 2016-2020), Dr. Kelsang Norbu Gurung (Bonn University, Allemagne, TibStat 2016-2020), Dr. Hildegard Diemberger (Cambridge University, GB, TibStat 2016-2020), Dr. Agneszka Helman-Wazny (Center for the study of Manuscript Cultures, Hamburg), Dr. Xun Gong (SOAS).

Post-doctorants

Olaf Czaja (EPHE), Lucia Galli (EPHE)

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Le programme « Histoire sociale du Tibet » du quinquennal 2019-2023 s’inscrit dans le prolongement direct de l’ancien programme « Histoire moderne des sociétés tibétaines » du quinquennal 2014-2018, notamment de son premier axe intitulé « Histoire sociale des sociétés tibétaines (XVIIe-XXe siècles) », qui reposait principalement sur deux projets ANR-DFG successifs en histoire sociale du Tibet : le projet « Histoire sociale des sociétés tibétaines (SHTS) » (2012-2016) et son projet suite « Le statut social dans le monde tibétain » (2016-2020). Ces deux projets ANR-DFG étaient basés en partie sur les archives comme sources de l’histoire sociale, et en partie sur d’autres types de sources (sources orales et sources écrites publiées). Les descriptions détaillées de ces programmes sont disponibles sur un site dédié (http://www.tibetanhistory.net/).
L’objectif du nouveau programme « Histoire sociale du Tibet » est, dans ses deux premières années, de mener à son terme le programme ANR-DFG « Le statut social dans le monde tibétain » entamé en 2016 et, dans un deuxième temps, de bâtir sur les résultats de ce dernier une réflexion nouvelle sur le statut des archives comme source d’histoire sociale de l’aire culturelle tibétaine pour la période moderne et contemporaine (17e-20e siècles).

Le programme est donc organisé en deux axes :
A. Le statut social dans le monde tibétain
Cet axe repose sur le projet bilatéral franco-allemand (ANR/DFG) porté par Charles Ramble et Peter Schwieger et intitulé « Le statut social dans le monde tibétain » (TibStat, 2016-2020). Il entend resserrer l’analyse historique en histoire sociale (initiée dans le projet ANR-DFG précédent SHTS) uniquement sur la question du statut social dans le monde tibétain en se basant, comme son prédécesseur, sur plusieurs corpus de sources provenant de différentes aires du monde tibétain. TibStat est structuré autour de six thèmes de recherche novateurs dans les études tibétaines et liés à la question du statut social : la mobilité sociale ; le conflit social et la résolution des conflits ; la relation entre le statut économique et le statut social ; le statut social tel qu’il est reflété dans la littérature tibétaine, les mémoires, l’épistolographie et d’autres genres littéraires ; le statut social tel qu’il se manifeste dans la culture matérielle. La notion scientifique de statut social, qui doit beaucoup aux travaux pionniers de Max Weber, présente par rapport aux autres modèles de stratification et de hiérarchie un avantage grâce au fait qu’il est plus inclusif : d’un côté, il n’est pas limité à l’étude des sociétés de caste dans lesquelles le statut est largement déterminé par la naissance, et, d’un autre côté, il ne réduit pas nécessairement le statut à des facteurs économiques, comme dans la compréhension marxiste des classes qui s’opposent de façon dialectique. La portée de cette catégorie lui donne une valeur analytique considérable pour les sociétés qui se trouvent sur un continuum allant du déterminisme hiérarchique, comme celui de l’hérédité dans le cas des sociétés à castes les plus rigides, à une plus grande fluidité dans ce qu’on appelle les « méritocraties » à l’autre extrême. Les sociétés tibétaines invitent à être examinées à travers le prisme du statut social : bien qu’il existe des variations considérables d’une région à une autre, toutes les sociétés en questions sont situées entre les deux extrêmes de l’imputation et de la réalisation.
Ce projet collectif comprend des contributions variées de ses différents membres dans chacun des six thèmes de recherche cités, et l’on ne donnera ici qu’un aperçu des participations des membres du CRCAO. Charles Ramble continuera ses recherches sur les archives du Mustang, une enclave de culture tibétaine au Népal, où un terrain en avril 2016 l’a conduit à la découverte d’un fond d’archives de 180 documents, en s’intéressant aux lois locales et la gouvernance, la société civile, la gestion des ressources, les impôts, la hiérarchie sociale, etc. ; Alice Travers poursuivra des recherches antérieures sur l’aristocratie du Tibet central, à partir de documents d’archives concernant la noblesse entre le XVIIe et le XXe siècles, conservés en exil dans différents fonds d’archives publics et privés (en particulier sur la famille noble Zur khang). Françoise Robin développera ses recherches sur le statut social tel qu’il affleure dans la littérature contemporaine. Les années du quinquennal suivant la fin officielle du programme TibStat, de 2021 à 2023, seront en partie consacrées à la finalisation des projets de publication individuels et collectifs, et en partie consacrée au développement d’une réflexion nouvelle sur les archives.

B. Les archives comme sources de l’histoire sociale de l’ère culturelle tibétaine
Bien que les archives sont mobilisées de façon prioritaire par les historiens d’autres aires culturelles, l’existence et l’importance des archives pour l’histoire du monde tibétain a parfois été sous-estimée, en raison d’un accès aujourd’hui difficile voire impossible aux archives de la Région Autonome du Tibet, mais aussi en raison des difficultés d’analyse que ces documents présentent, lorsqu’ils existent. De ce fait, des sources de type littéraire ont très souvent été utilisées pour l’histoire du Tibet. Il existe pourtant de nombreux documents d’archives en tibétain, éparpillés dans des musées ou institutions diverses à travers le monde, ainsi que d’importants fonds sur site dans les régions périphériques de l’aire culturelle tibétaine. Une large partie des archives disponibles demeure encore sous-exploitée. Certains fonds ont fait ou font l’objet d’un travail important, comme celui des chercheurs de l’université de Bonn, qui ont développé des outils d’analyse critique adaptés, tirés de la diplomatique, notamment pour les archives de Chancellerie, ou encore celui de Charles Ramble sur les archives du Mustang. Des travaux récents et novateurs ont permis de mettre au jour l’intérêt d’une approche codicologique de ces documents (Helman-Wazny et Ramble 2017), par l’analyse des écritures manuscrites, de l’utilisation des sceaux et de l’ensemble des signes de validation — une approche qui avait été récemment appliquée à l’étude des manuscrits tibétains, mais pas encore à celle des archives, une lacune donc que ce programme entend combler en développant une méthodologie nouvelle en collaboration avec Agneszka Helman-Wazny (Center for the study of Manuscript Cultures, Hambourg).
Ce programme entend ainsi s’intéresser de façon spécifique à la place des archives en langue tibétaine comme source d’histoire sociale, en essayant de répertorier les fonds d’archives en langue tibétaine dans le monde et d’en comprendre les spécificités et la diversité selon les régions du monde tibétain. Il entend conjuguer l’analyse du contenu de ces archives —dans le prolongement des projets précédents qui mettaient à profit leur richesse comme source d’histoire sociale— à une analyse diplomatique et codicologique.

Production scientifique
Ce programme de recherche sur l’histoire sociale du Tibet continuera à développer le site internet initié dans le cadre des deux projets ANR-DFG (SHTS et TibStat) (www.tibetanhistory.net) qui contient entre autres une base de recherche cherchable de plus de 200 documents tibétains du Mustang traduits et annotés.
Pour la première partie de ce programme, sur l’Histoire sociale des sociétés tibétaines (XVIIe-XXe siècles), il est prévu d’organiser un colloque international final sur le statut social dans le monde tibétain en 2019, puis de finaliser les volumes thématiques collectifs initiés depuis 2016 dans le cadre des différents colloques de TibStat. Pour la deuxième partie, sur les archives, il est prévu de tenir un colloque international sur les archives dans le monde tibétain en 2021, puis de publier un volume collectif sur ce thème.