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Essais « au fil du pinceau » (zuihitsu) à l’époque d’Edo (XVIIe-XIXe siècles) : recueils de réflexions et d’observations sur le passé et le présent des savants japonais (pré-)modernes

par Pons Philippe - publié le

Responsables : Matthias Hayek, Daniel Struve

Inscription disciplinaire Histoire des savoirs et des représentations, histoire littéraire

Participants :

Membres titulaires

Hayek Matthias (MCF, UPD), Horiuchi Annick (PR, UPD), Struve Daniel (PR, UPD)

Participants hors équipe et collaborateurs à l’étranger

Davin Didier (MCF, National Institute for Japanese literature), Marquet Christophe (PU, INALCO), Mollard Nicolas (Université Lyon 3)

Institutions partenaires
EFEO
National Institute for Japanese Literature

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Ce nouveau programme se propose d’étudier les caractéristiques du genre dit « notes aux fil du pinceau » (zuihitsu), qui a connu durant l’époque d’Edo un essor considérable, en particulier à la charnière entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, entre les ères Genroku et Shôtoku. Si la publication d’éditions modernes d’anthologies regroupant des œuvres relevant de ce genre, notamment l’Anthologie des notes au fil du pinceau du Japon (Nihon zuhitsu taisei), dont la première série a paru dès 1927, a commencé très tôt, il s’agit finalement d’une catégorie d’ouvrages « souvent cités » mais peu étudiés pour eux-mêmes, au-delà des commentaires et de l’appareil critique des publications en question.
Or, lorsqu’on se plonge dans les catalogues de libraires de l’époque d’Edo, on constate que ce genre ne constitue pas une catégorie commerciale à lui seul, mais que les ouvrages, en tout cas les imprimés, que l’on qualifie habituellement de zuihitsu appartiennent à un groupe beaucoup plus vaste, celui des « précédents » (koji).
Ce groupe contient aussi bien des encyclopédies de la culture japonaise de cour, comme le Recueil de bribes (Shûgaishô) que des encyclopédies chinoises, telle le Sancai duhui de Wang Qi.
En réalité, loin de renvoyer à ces essais libres que le mot évoque aujourd’hui, le terme zuihitsu dans un titre au XVIIe siècle pouvait aussi bien désigner des livres aux visées pédagogiques (keimôsho), tels que le Risô zuihitsu d’Ekû. A ce titre, ces livres appartiennent à un continuum allant des essais « littéraires », recueils de pensées saisies sur le moment, à de véritables collections d’histoires et de réflexions classées, voire des encyclopédies illustrées.
On remarque aussi une pluralité des profils des auteurs, qu’ils soient des confucéens marchands ou guerriers, moines bouddhistes, médecins, ou même des seigneurs ; mais aussi une multiplicité des formes linguistiques, avec des essais en chinois, en japonais classique, là où d’autres sont rédigés en langue vernaculaire. Les caractères chinois et les deux syllabaires, les katakana du public aspirant-lettré et les hiragana du « peuple », sont encore autant de media différents utilisés par les auteurs de ces recueils.
Enfin, ces ouvrages se trouvent au croisement de nombreuses influences internes et externes : ils héritent à la fois du style des équivalents chinois (biji et/ou leishu), en particulier le Wuzazu de Xie Zhaozhe (1616), et également de celui des classiques locaux, notamment du Tsurezuregusa, rapproché du genre dès le début de l’époque d’Edo, comme en témoigne le commentaire qu’en donna très tôt Hayashi Razan.
Malgré cette grande diversité des formes et des styles, il semble néanmoins possible de dégager certains thèmes récurrents. On y retrouve ainsi des réflexions sur le passé proche et lointain, la culture de Cour, la culture populaire, la langue, les mœurs, le monde environnant, les croyances, l’étrange et l’étranger.
Ces « tropes » procèdent peut-être en partie des héritages précités, mais sont également les préoccupations des auteurs, et celles que ces derniers prêtaient à leurs contemporains, suffisamment en tout cas pour éprouver le besoin de mettre par écrit leurs idées sur ces questions, souvent à grand renfort de citations de classiques du Japon et de la Chine.
Car en effet, et c’est là une des plus importante caractéristiques des zuihitsu que ce projet se propose de mettre en lumière, ces essais sont avant tout, avec le commentaire, un des modes d’expression privilégié des connaissances des savants. Avec le commentaire, ils partagent souvent la convocation de textes tiers visant à justifier une explication, et un certain formalisme. Mais là où le commentaire a pour habitude de suivre la lettre du texte commenté, le zuihitsu commente un texte invisible, sous-entendu, et parfois multiple, un recueil de fragments épars issus des lectures, discussions, et anticipations de leurs auteurs.
Ce programme, qui prolonge de ce point de vue le projet « Fragments et collection » porté conjointement par le laboratoire et l’Institut National de Littérature Japonaise entre 2008 et 2013, cherchera précisément à repérer, à travers différents types de zuihitsu, littéraires ou historiques, la façon dont les auteurs y organisent leurs connaissances pour produire leur propre vision de l’histoire, de la société et de la culture japonaise.