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Usages et pratiques modernes du chinois classique en Chine

par Pons Philippe - publié le , mis à jour le

Responsables : Victor Vuilleumier, Florence Zhang

Inscription disciplinaire humanités (littérature, poétique, philosophie, histoire des idées, histoire de la langue, étude de la traduction)

Participants :

Membres titulaires

Stéphane Feuillas, Rainier Lanselle

Collaborateurs étrangers

Nicolas Zufferey (PU, Université de Genève), Yinde Zhang (PU, Paris 3), Georges Bê Duc (MCF, Université de Picardie), Sandrine Marchand (MCF, Université d’Artois)

Doctorant

Anna Maria Cavalletti

***

Ce programme est motivé par le constat que fait tout chercheur travaillant sur la Chine moderne (au sens large, de la fin des Qing à aujourd’hui) de l’importance et de la résilience de l’usage du chinois classique ou littéraire alors même que l’usage d’une nouvelle forme de langue écrite modernisée dite baihua (voulue et développée par les milieux intellectuels et littéraires autant que par les autorités politiques et éducatives) se répand et s’impose dès les années 1920. Non seulement avant cette « victoire » du baihua, le chinois classique a pu être présenté comme vecteur de modernité littéraire et intellectuelle, notamment par la traduction, ou a pu un temps porter un projet de « renaissance » culturelle et morale (voir par exemple les polémiques entre les tenants du « style Wei Jin » contre ceux de l’école Tongcheng à la fin des Qing) et ce avant le Mouvement du 4-Mai ; mais après cette date, et même au-delà des années 1950, des auteurs, écrivains, poètes, philosophes, universitaires ou intellectuels, ont pu choisir d’écrire en chinois classique (plus ou moins réinventé ou non), indépendamment de leur orientation politique ou idéologique : dans la littérature de fiction (canards mandarins de façon la plus notable), la poésie (non seulement les auteurs opposés à l’usage du classique, ou membres de clubs modernes littéraires classisants, mais également des « modernistes » avoués tels Yu Pingbo, Yu Dafu, Guo Moruo, Lu Xun et autres), l’essai (en particulier auteurs de « l’aile droite » ou des « zones occupées » pendant les années 1930-40), la recherche académique ou érudition (au sens de xueshu) en particulier des « études nationales » de la fin des Qing ou d’aujourd’hui (voir par exemple des auteurs comme Zhang Binglin, Chen Yinke, Tang Yongtong ou Qian Zhongshu pour citer certains des plus connus), ou encore la philosophie (Xiong Shili par exemple et les nouveaux confucianistes, sans parler des penseurs de la fin des Qing). A ceci s’ajoute évidemment la question complexe des relations intralittéraires que la littérature chinoise moderne (la poésie et l’essai sanwen, mais également la fiction) entretient avec le corpus, les formes et l’esthétique littéraire classique, et ce jusqu’à aujourd’hui (la prise en compte de cette intertextualité est ainsi indispensable à la lecture d’un auteur « expérimental » des années 1980 comme Yu Hua, pourtant très occidentaliste). Mais plus encore, le chinois littéraire va même jusqu’à reparaître dans des productions de la littérature populaire ou paralittérature la plus contemporaine, y compris de la web-littérature. Quant à la traduction, si les traducteurs du début du 20e siècle considèrent le chinois classique comme « la » langue écrite de référence, aujourd’hui l’utilisation ou non du classique constitue une question récurrente que les traducteurs se posent surtout quand il s’agit de la traduction d’œuvres anciennes (c’est ainsi que Wang Zuoliang traduit Francis Bacon dans une langue semi-classique, afin de créer une distance temporelle).
Ce programme s’interrogera sur les significations de l’écriture en chinois classique à l’époque moderne : en quoi a-t-il pu remplir une fonction de modernisation (et pour quelles modernités ?), d’assimilation, éventuellement de contre-modernité, ou de révolution conservatrice ? que dit-il sur les différents rôles ou postures de l’auteur ou intellectuel moderne (peut-on établir une dimension plus privée chez un auteur qui pratique les deux langues écrites, moderne et classique, dans la rédaction d’un journal ou poème, à la différence d’un texte public ?). S’agit-il de la perpétuation d’une pratique lettrée ou simplement est-ce naturel pour des auteurs ayant encore été formé dans leur enfance au classique ? On peut aussi se demander si, au-delà d’une éventuelle affirmation idéologique, d’un goût, ou par exemple d’un positionnement marginal ou contestataire au sein du polysystème littéraire chinois (le cas des paralittératures contre la littérature moderne centrale ?), le recours au classique n’est pas à l’occasion une mesure de prudence requise par l’art d’écrire (au sens straussien). Ou encore, on s’interrogera sur la fonction d’étrangeté du classique pour un lecteur chinois moderne, en particulier dans le cas de la traduction. Le questionnement porte sur les capacités créatrices et rénovatrices (ou non) du classique à l’âge de la mondialisation occidentalisée, et sur ces questions : qui écrit en classique, comment, pourquoi, et avec quels effets ? Le projet portera sur les domaines interconnectés de la littérature, poétique, philosophie, histoire des idées, histoire de la langue, étude de la traduction. On considère ici qu’il existe deux formes d’écriture distinctes, ou tout au moins, dont les régimes tendent à se démarquer, le « moderne » et le « classique », même si très fréquemment leur usage peut aller jusqu’à se confondre : il s’agira d’étudier des textes écrit dans une langue se démarquant sans équivoque possible du baihua. Ce projet sera aussi une façon d’interroger cette limite.
La réflexion s’inscrit à la suite de celle ouverte par le précédent programme « Littérature chinoise et contemporaine : pratiques du genre et canon littéraire », mais cette fois ci dans une perspective inverse.

Production et actions scientifiques
◦ organisation d’ateliers, y compris en faisant intervenir des collègues travaillant sur le Japon
◦ colloques : un colloque international conclusif aura lieu en fin de programme. Par ailleurs, dans le colloque international « Guo Moruo et la Société Création : entre Chine et Occident, tradition et modernité » organisé en novembre 2018 par l’UFR LCAO (Paris 7), le CRCAO et l’Institut Guo Moruo international (Chine/Japon) plusieurs interventions ont abordé ces thématiques
◦ éventuelle publication d’actes, mais aussi traductions critiques de textes classiques modernes
◦ vu l’ampleur du sujet, le programme pourrait se prolonger sur un ou deux plans quinquennaux…