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Épigraphie en chinois du Viêt-Nam

par Pons Philippe - publié le , mis à jour le

Responsable : Philippe Papin

Participants : Marianne Bujard, Marc Kalinowski, Pierre Marsone, Olivier Venture, Nguyên Van Nguyên, Vu Thi Mai Anh et l’équipe Epigraphie de Hanoi.

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Ce projet de recherche se fonde sur la masse des quelque 40 000 estampages d’inscriptions, correspondant au minimum à 25 000 stèles, qui sont actuellement disponibles. Une moitié de cette collection a été publiée en 22 volumes, accompagnés de 11 volumes de catalogue descriptif, ce qui en rend la consultation aisée pour les participants au projet. La partie restante se trouve dans les archives de l’Institut Han-Nôm, à Hanoi, mais il existe des images numérisées, sous forme de fichiers informatiques, qui pourront en simplifier la consultation. L’accès aux sources est donc acquis.

Les neuf dixièmes de ces inscriptions non seulement proviennent de la campagne mais traitent de sujet qui lui sont liés. Elles apportent une vision très différente – et souvent surprenante – de celle qui s’appuie depuis des décennies sur les sources officielles, les règlements impériaux ou les annales de la cour. Dans une première série, on trouve des informations sur l’organisation interne du village, l’abornage avec ses voisins, les règlements promulgués par les conseils de notables, l’irruption des décisions mandarinales, le nom des lieux-dits, le fonctionnement du marché, la construction et la réparation des monuments publics. Dans une seconde série, plus compliquée à traiter, se dévoilent la vie des gens ordinaires ou des notables, les accidents familiaux, les conflits ou solidarités de voisinage, les questions de police, de justice et d’argent. Il y a encore, dans la troisième et la plus abondante des séries, celle qui concerne la religion, les cérémonies et les donations pieuses, lesquelles sont si particulières au Viêtnam, de quoi mener l’enquête sur les pratiques du bouddhisme en milieu populaire, ses liaisons avec le culte des morts et les fêtes villageoises, ainsi que, la charité étant très ordonnée, ses implications en matière économiques et financières.

Ce projet s’inscrit dans la volonté du CRCAO d’étendre ses activités aux aires culturelles liées à la Chine et à l’emploi du chinois. Le cas du Viêt-Nam est en effet un cas d’école. Si sa grande histoire l’attache fermement à l’empire, il en diffère énormément quand on pose la loupe sur sa culture villageoise où apparaissent d’étonnantes déclinaisons. Il en va de même pour ce qui concerne la langue : le chinois classique, certes, mais émaillé de caractères démotiques et pris dans une grammaire qui se fait souvent rattraper par la langue parlée.

Pour des raisons scientifiques qui sont à la fois linguistiques et culturelles, ce projet réclamait la collaboration entre sinologues et spécialistes du Viêtnam. En cela, il innove. Le CRCAO inaugure ainsi tout un volet de son activité qui consistera à s’intéresser à la manière dont les périphéries, actrices de leurs histoires, ont puisé à l’empire. Le thème général, fédérateur des études de cas, c’est bel et bien celui des « Usages de la Chine ».