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Production, Technique et Distribution de biens alimentaires dans le Japon prémoderne

publié le , mis à jour le

Production, Technique et Distribution de biens alimentaires dans le Japon prémoderne

Résumés des interventions :

Guillaume HURPEAU

L’époque Edo (1600-1867) voit l’apparition des premiers traités d’agriculture japonais. Ces très nombreux traités couvrent l’ensemble de la production agricole. Ne se contentant pas de décrire l’unique aspect agricole, les traités abordent très largement les processus de transformation des productions agricoles ce qui nous permet d’avoir une vue d’ensemble de la production agricole.

Mon travail pour cette thèse consiste à étudier l’ensemble des techniques culturales et de transformations du thé telles qu’elles peuvent être décrites dans les traités agricoles. Il s’agit d’identifier les différentes étapes du « système thé » depuis la création d’un champ jusqu’à la fabrication des différents thés. Nous prendrons l’exemple d’un thé et des techniques qui lui sont associées. Nous analyserons les différences, l’évolution dans le temps de ces techniques.

Dimitri TATOYAN

Présentation du thème de recherche : Industrie salicole et distribution du sel dans le Japon des XIIe-XVIe siècle

Les recherches effectuées dans le cadre de cette thèse ont trait à l’histoire économique du Japon médiéval (XII-XVIe siècles). Il s’agit d’étudier la production salicole et la distribution du sel, en particulier dans la mer Intérieure de Seto, entre le domaine Yugenoshima (actuel département d’Ehime) et Kyôto. L’objectif de notre étude est de dégager les caractéristiques de cette industrie et de la replacer dans le contexte de la vie économique et sociale du Japon médiéval. Nous aimerions nous interroger sur l’impact concret du marché du sel sur les pratiques et structures économiques. En effet, il s’agit d’un marché présentant quelques particularités qui ne sont pas anodines.
Tout d’abord, il est absolument universel, le sel étant un condiment indispensable à la vie, sans réelle substitution possible, et représentant par ailleurs un moyen efficace (l’unique au Japon) de conservation des denrées alimentaires périssables. Il n’est pas rare mais l’autosuffisance est impossible en dehors des zones de production. Autrement dit, sa distribution est un impondérable, indépendamment des volontés politiques qui cherchent cependant à en tirer profit à posteriori. Du fait de sa relative abondance il ne s’agit pas d’un produit "précieux" au sens économique mais qui est un facteur de stabilité politique et d’enrichissement.
Pour ce qui est de la production nous nous intéresserons en premier lieu aux aspects techniques de celle-ci, c’est-à-dire l’organisation ou la construction de l’espace (les salines), l’outillage ou encore les procédés, leurs diversité et évolution le cas échéant. Au-delà de la composante technique, les producteurs sont au cœur de cette partie dans laquelle nous nous attacherons à examiner leurs différents statuts au sein de la société médiévale et du système des domaines et terres publiques (荘園国衙領制度).
L’étude de la distribution ou circulation requiert quant à elle d’aborder de nombreux thèmes connexes, tels que le transport dans ses aspects pratiques et économiques, les taxes et redevances ou encore la marchandisation des denrées, qui aux XIVe et XVe siècles favorise un essor des échanges et l’émergence d’une économie marchande "monétarisée". Nous verrons dans cette partie comment et par qui le sel, première denrée en volume transitant au milieu du XVe siècle dans l’actuelle baie d’Ôsaka, était transporté des îles de la mer Intérieure jusqu’à Kyôto. L’apparition de transporteurs spécialisés, permettant une externalisation de plus en plus fréquente du transport auparavant assuré par des paysans employés ou soumis au système des domaines, ou encore le développement de réseaux financiers et d’un maillage de ports régionaux, constituent des dynamiques essentielles de la seconde moitié du Moyen-âge japonais. Enfin, en bout de chaîne, la distribution du sel a donné lieu à la création d’échoppes et de guildes de marchands, en particulier à Kyôto, le centre urbain qui absorbait les flux et dominait la pyramide des échanges, s’imposant comme le siège d’un capitalisme marchand en développement au XVe siècle.